Autrui est-il mon semblable ?

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  • Publié le : 23 avril 2010
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AUTRUI EST-IL MON SEMBLABLE ?
Les Dix Commandements comportent cette injonction : « Aime ton semblable comme tu t’aimes toi-même ». Or cette pensée louable est battue en brèche sans cesse par la réalité, où les hommes se massacrent, se méprisent et se détestent. Les faits contredisent donc le droit divin tel qu’il est exposé dans l’Ancien Testament. Est-ce que cela veut dire que définitivementl’autre m’est un étranger ? Qu’est-ce que cela veut dire « être mon semblable » ? Est-ce simplement celui qui me ressemble ? L’idée d’humanité est-elle impossible ? Les faits (guerres, massacres, et autres génocides) sont-ils légitimes ? Ou le droit (les Dix Commandements ou la Déclaration Universelle des droits de l’homme) peuvent-ils réguler ces faits ?_ _
Autrui est l’autre, celui qui n’estpas moi, l’être que je rencontre, qui s’oppose à moi, tout en étant le même. Il s’impose comme sujet face à ma liberté. Ce n’est donc pas l’ensemble des individus composant l’humanité, ni même les hommes d’une manière générale. Il faut penser autrui comme une rencontre.
Il s’agit de penser mon rapport à l’autre, mon lien avec autrui. Kant aurait pu parler de la catégorie de la communauté(Critique de la Raison Pure, analytique transcendantale). Le semblable pose la légitimité de la sympathie, de la compassion - ce que nous pouvons appeler la contagion des consciences - de la reconnaissance - sentiment majeur dans la rencontre avec autrui selon Hegel et Sartre - ou du respect - qui est la distance accordée à toute personne reconnue comme une fin en soi selon Kant. Le semblable n’est pasl’identique, ou l’égal. Il n’y a en aucun cas confusion entre moi et l’autre, ni même identité.
Le semblable est un paradoxe, celui de la pluralité au sein d’une unité. Autrui et moi nous ne sommes pas un, mais nos caractéristiques peuvent se penser au sein d’une nature humaine, qui reste une idéalité abstraite dans sa compréhension, car c’est un terme générique, mais concrète dans ma relationà autrui - je le comprends parce qu’il me ressemble.
Ici nous pouvons reprendre l’interrogation de Husserl, dans les Méditations Cartésiennes : L’autre s’impose non seulement comme objet perçu dans mon univers perceptif, mais aussi comme un élément indépassable de ma structure culturelle, sociale, et affective. Autrui est celui avec qui je partage. Et pourtant il est l’autre, qui ne mereconnaît comme sujet libre, mais au contraire me choséifie. Comment saisir le véritable lien que j’entretiens avec autrui ? Est-ce mon prochain, mon double, ou juste un éternel étranger ?
*L’Enfer, c’est les autres. À travers cette formulation, Sartre pose toute la figure paradoxale de l’autre, non pas comme l’ennemi, l’étranger, mais comme celui qui est sans cesse présent dans mon existence,même lorsqu’il n’y a pas une présence physique d’autrui.
Autrui, c’est l’autre, celui qui n’est pas moi, et qui en ce sens s’oppose totalement à moi. Il reste l’objet principal néanmoins de mon univers perçu ; c'est-à-dire, ainsi que l’explique Deleuze dans la préface de Vendredi, autrui représente une structure qui me permet de construire ma propre identité, de par sadifférence. Parce qu’il est autre, autrui est celui qui me distingue et qui me témoigne de ma propre existence. « Et ma solitude n’attaque pas que l’intelligibilité des choses. Elle mine jusqu’aux fondements même de leur existence. » écrivait Robinson, seul sur son île. Mais dans le même temps il reste celui qui m’objectivise, me prend pour objet de sa propre perception, et dans ce sens ilme prive de ma liberté de sujet. C’est donc un paradoxe que Sartre a très bien souligné: « Autrui est le médiateur entre moi et moi-même » mais il reste celui qui me juge, qui me vole ma singularité, et donc qui s’oppose à moi. À cause d’autrui je dois être lâche, de mauvaise foi, jouer sans cesse un rôle, pour me masquer, me préserver de son regard, qui n’est pas le mien, et...
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