Autrui l'etranger

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  • Publié le : 14 juin 2010
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Autrui, de l'Etranger au Prochain
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0.0.0. - Introduction

0.0.1. – Autre et Autrui. - Alors même que le problème d’Autrui a longtemps été ignoré ou sous-estimé comme tel, la philosophie utilise volontiers dans ses spéculations les plus "métaphysiques" la notion très générale d’Autre. Plus précisément, elle manie des couples d'opposés tels que le Même et l’Autre, l’Unité et le Divers,l’Identité et la Différence, l’Universel et le Particulier, le Nécessaire et le Contingent, etc.

0.0.2. – Autrui est l’Autre humain, l’alter ego. - Il est la version humaine, anthropologique, de l’Autre en général. Mais plus précisément, ce n’est pas seulement un “autre homme”, mais un alter ego, un autre Sujet ou un autre Moi. Tout dépend encore si l'on insiste plutôt sur alter ou plutôt sur ego :dans le premier cas, Autrui reste différent de moi, il est "l'autre que moi", dans le second cas il devient mon semblable, il est un "autre moi" (comme moi… il possède un moi, une conscience, une subjectivité).

0.0.3. – Des autres à Autrui, de l’étranger au Prochain. - Dans tous les cas on doit distinguer Autrui, en tant qu’identique et différent à la fois, des “autres” en général, lesquels sontseulement différents. Car la traduction littérale du mot latin “autrui” est : “cet autre-ci”, et non “les autres”. Or ce qui nous apparaît en premier lorsque l'on vit et que l'on découvre le monde, ce sont bien "les autres", leur masse indifférenciée, vaguement menaçante, "étrangère" à notre intimité (ou à notre famille). La rencontre avec Autrui, cet autre privilégié que l'on reconnaîtra comme unsujet et que l'on pourra nommer le "Prochain", ne s'effectue pas immédiatement. Sans doute nécessite-t-elle les "lumières", non seulement de l'intelligence, mais de la culture.

1.0.0 - AUTRUI, L’ETRANGER

1.1.0. - L’intrusion de l'étranger

1.1.1. – Les premiers hommes

Jean-Jacques Rousseau (18è) - "Dans les premiers temps, les hommes épars sur la surface de la terre n'avaient de sociétéque celle de la famille, de lois que celles de la nature, de langues que le geste et quelques sons inarticulés. Ils n'étaient liés par aucune idée d'une fraternité commune, et n'ayant aucun arbitre que la force, ils se croyaient ennemis les uns des autres. C'étaient leur faiblesse et leur ignorance qui leur donnaient cette opinion. Ne connaissant rien, ils craignaient tout, ils attaquaient pourse défendre. Un homme abandonné seul sur la face de la terre à la merci du genre humain devait être un animal féroce. Il était prêt à faire aux autres tout le mal qu'il craignait d'eux. La crainte et la faiblesse sont les sources de la cruauté."

L'absence de sentiment social chez l'homme primitif, selon Rousseau, provient essentiellement de son ignorance de l'autre. Mais surtout il a tendance às'identifier, imaginairement, à l'autre : puisque l'autre pourrait l'agresser, lui faire du mal, alors il se prépare à lui subir la même terreur… L'imagination règne là où la raison et où la connaissance font défaut. Un second usage de l'imagination devrait lui permettre, en revanche, de s'identifier à l'autre pour le connaître et ainsi compatir à ses souffrances.
Dans les faits, le monde humainprimitif est un monde violent. "La guerre de tous contre tous" comme le dit Hobbes pour désigner l'"état de nature" de l'humanité. La violence est certes contenue à l'intérieur du cercle familial ou tribal, puisqu'il y a un chef. Mais elle se déchaîne dans les relations avec l'extérieur. L'étranger, membre d'une autre tribu, n'est pas immédiatement perçu comme un être humain (on sait que denombreux noms de tribus signifient en même temps l'"humanité"). C'est pourquoi, dans les sociétés primitives le pire des châtiments n'était pas la mort mais probablement le bannissement : cela privait un être humain, non seulement de toute appartenance sociale, mais encore de son humanité.

1.1.2. – Autrui dans la philosophie antique. - La philosophie – et l'on peut même ajouter la "société" -...
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