Autrui

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  • Publié le : 31 mai 2011
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Autrui

1. Moi et les autres

En un sens, autrui se présente avec évidence comme notre semblable et notre égal : il est membre, comme moi, de l’espèce humaine et les différences qui nous séparent sont secondaires, car elles portent le plus souvent sur des aspects de notre corps ou de notre vie spirituelle auxquels nous n’attachons pas la plus grande importance. Dans ce cas, le « je »reconnaît bien volontiers qu’il appartient à un « nous » ; mais les individus doivent en contrepartie se découvrir comme interchangeables. En un autre sens, il faut bien admettre que la prétention du moi est première : alors la présence d’autrui perd de son évidence. Parmi les comportements des êtres que contient le monde, certains offrent des similitudes assez nettes avec le mien, mais jamais rien neprouve rigoureusement que j’ai affaire à un « moi » égal au mien. Je suis loin de retrouver à propos d’autrui – ou de celui que je suppose être tel –, la richesse et la continuité de sentiments et de pensées que je dois à ma propre conscience. Les relations que je peux entretenir avec autrui sont donc trouées de lacunes et marquées d’incertitude.

2. Phénoménologie d’autrui

C’est pourtant demoi-même que je dois partir pour constituer le type d’être d’autrui, établir son originalité par rapport à tous les phénomènes auxquels on a affaire. Si je promène mon regard sur le monde, je peux observer les objets et les qualités. Le phénomène « autrui » doit avoir ses caractéristiques propres : en m’apparaissant, autrui devrait apporter un sens que je puisse penser et provoquer de ma part lareconnaissance d’un autre ego. Paul Ricœur résume ainsi le propos que tient Husserl dans ses Méditations cartésiennes : « Le sens ‘‘autrui’’ est emprunté au sens ‘‘moi’’, parce qu’il faut d’abord donner sens à ‘‘moi’’ et à ‘‘mon propre’’, pour donner sens à ‘‘autrui’’ et à ‘‘monde d’autrui’’. Il y a ‘‘étranger’’ parce qu’il y a ‘‘propre’’ et non l’inverse. Le sens ‘‘moi’’ se transfère de moi àautrui, s’il est vrai qu’autrui est un alter ego » (Ricœur, A l’école de la phénoménologie, p. 201). Je me caractérise moi-même de l’intérieur, comme une totalité relativement cohérente, les pouvoirs de mon corps éprouvent la résistance des choses, et je peux atteindre autrui « en personne » parce que, percevant l’image de son organisme, je conçois par analogie avec le mien qu’il est une conscienceincarnée. Enfin, le comportement changeant, mais globalement concordant, qui est ainsi offert à mon observation, s’impose comme étant celui d’une conscience subjective et expressive.
De l’unicité du point de vue que ma conscience me fournit sur le monde je dois passer à l’idée d’un monde commun. L’altérité ne consiste ni en la projection d’un moi qui ramène toute forme d’existence à lui-même, nien la pure et simple étrangeté d’un point de vue qui reste radicalement inaccessible. Enfin, le monde idéel des pensées complète la constitution d’autrui, puisque qu’il me permet de rejoindre autrui dans l’universalité de la raison et puisque j’y découvre mon appartenance à une communauté culturelle, celle des vérités démonstratives et des projets historiques.

3. La prééminence d’autrui

Maison peut reprocher à ces manières de voir de n’être précisément que des manières de voir, de donner la préférence à l’attitude objectivante. Certes, on perçoit autrui de l’extérieur. Mais la perception est-elle l’essentiel, quand il s’agit d’autrui ? D’abord, la conscience de soi isolée est impossible : toute appréhension de soi dépend d’un lien humain préalable. Il ne s’agit pas seulement desconditions élémentaires d’existence, de la satisfaction des besoins, etc. C’est un fait moral : car il n’est loisible d’oublier autrui que si l’on a désappris d’être soi : c’est le cas du méchant (cf. Aristote). Commencer par définir l’individu est donc une erreur, parce que la réalité fondamentale est celle de la personne. L’indépendance de l’état de nature est fictive ; et celle de l’homme en...
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