Avertissement de moland

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 7 (1531 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 23 décembre 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Pour répandre ses idées dans le monde, pour les faire pénétrer jusque parmi le vulgaire, il n’est rien de tel que de les rassembler sous forme de dictionnaire. Aussi, quand ce projet d’un dictionnaire philosophique fut un peu à la légère, au milieu d’un souper du roi de Prusse, Voltaire ne le laissa-t-il point tomber; il s’y attacha sérieusement, il le réalisa en composant d’abord un volume assezmince pour être un livre de poche, un manuel. Le sous-titre que portèrent beaucoup d’éditions: la Raison par alphabet, caractérisait l’ouvrage. C’était le catéchisme de l’école encyclopédiste.

L’ouvrage alla grossissant peu à peu, et bientôt le Dictionnaire portatif cessa de mériter ce titre. Mais ce n’est que dans l’édition de Kehl qu’il reçut, comme Beuchot l’explique ci-après, lesproportions considérables qu’on lui voit aujourd’hui.

Bien que formé de plusieurs ouvrages de Voltaire, il offre un ensemble très homogène, une unité très saisissante à l’esprit.

Ce livre est resté bien plus vivant qu’on ne l’imagine. Si vous l’ouvrez et que vous commenciez à le parcourir, il vous tient bientôt et vous entraîne. La variété des connaissances qui s’y déploient, le mouvementrapide de la pensée et la vivacité du style, vous empêchent de lâcher prise. Il semble qu’on assiste à ces conversations de Voltaire dont les contemporains rapportent les séductions irrésistibles. C’est Voltaire « sachant instruire et amuser en même temps », comme disait le grand Frédéric, s’intéressant à tout, parlant de tout, non pas dogmatiquement, mais avec abandon et légèreté, et se livrant àl’impression instantanée que reçoit de chaque objet sa vive et mobile imagination.

Imprimé sous la rubrique de Londres, publié dans l’été de 1764, le Dictionnaire portatif se répandit, comme tous ces ouvrages de combat, avec une rapidité singulière. Un zèle de prosélytisme et de propagande contribuait à leur divulgation. Le canton de Genève notamment était inondé de ces opuscules défendus. « Vousachetez, dit M. Desnoiresterres un ballot de livres chez un libraire; rentré chez vous, en l’ouvrant, vous vous aperceviez qu’il s’était grossi de ces pernicieux livrets. On en glissait sous les portes, on en pendait aux cordons de sonnettes, les bancs des promenades en étaient couverts. Dans les lieux d’instruction religieuse, ils se trouvaient substitués comme par enchantement aux catéchismes;et, jusque dans le temple de la Madeleine, des Dictionnaires portatifs, habillés comme des psautiers, traînaient sur les banquettes, où ils ne laissaient pas d’être ramassés par quelqu’un. On est pris de vertige rien qu’en lisant (dans l’ouvrage de M. Gaberel: Voltaire et les Genevois(1)) l’énumération abrégée de ces pièges continuels tendus par « l’infernal vieillard »sous les pas de l’innocence etde la piété. Mais nous voulons croire que tout cela est quelque peu enflé. Les horlogers surtout, ces horlogers qui formèrent la population du Ferney naissant, étaient des distributeurs actifs et les agents de cette propagande clandestine. « On en trouvait des piles (des piles de libelles) dans les cabinets d’horlogers, et les petits messagers avouaient qu’un monsieur leur avait donné six souspour déposer le paquet sur l’établi du patron. » Si ces brochures étaient dévorées par les hommes, les femmes, plus dociles aux exhortations des pasteurs, les avaient en une sainte horreur; et pour les sauver de quelque auto-da-fé, il n’était que prudent de les tenir sous triple verrou. Un de ces braves gens était parvenu à réunir toute une bibliothèque de ces petits livres, dont il ne se serait pasdessaisi pour des trésors. Un jour, après le dîner, sa mère, avec laquelle il vivait, lui dit: « Il était bon le fricot, il avait bon goût, n’est-ce pas? ¾ Mais oui, très bon, et surtout chaud à point, répond celui-ci. ¾ Ah! chaud, je le crois bien! Si tu veux savoir de quel bois je l’ai chauffé, va voir ta cachette à Voltaire. » La vieille avait découvert le coin, selon l’expression...
tracking img