Avortement

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 11 (2712 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 9 décembre 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Avortement. Autopsie d'un drame social
| (DR |

Interdit par la loi, condamné par l'islam, l'avortement est le dernier recours pour des femmes qui veulent échapper à la honte d’une naissance illégitime. Face à la pression sociale, nombreuses sont celles qui optent pour une clandestinité parfois périlleuse et souvent lucrative pour les médecins. A qui profite le système ? Qui sont lespremières victimes ? Un débat sur l’avortement est-il possible ? Autopsie d'un tabou.

“Dès que j'ai eu un doute face à mon retard de règles, j'ai 'tracé' jusqu'à une pharmacie avec un flacon d'urine en main, pour demander | |

un test de grossesse. Positif. Toute la pharmacie s'est transportée de joie, multipliant les mabrouk convaincus, et vive la future jeune maman… Ils pensaient avoir affaire àune jeune épouse”. Malika, elle, feint son heureuse surprise, se donne une contenance, joue la comédie. Peut-être assez bien d'ailleurs. Elle avortera quelques jours plus tard, après avoir glané quelques conseils chez une amie. Etudiante célibataire lambda, elle devient, aux yeux de la loi, une criminelle. Comme des centaines de femmes qui, jeunes ou moins jeunes, mariées ou non, ont recours àl'avortement chaque jour, unies par le secret, effrayées par le tabou. L'important, c'est que personne ne sache rien. Surtout, cacher la grossesse aux proches. Mais gare à la loi également.

Car celle-ci ne badine pas avec l'avortement, inscrit au chapitre de crime “contre l'ordre des familles et la moralité publique” dans le Code pénal marocain (VIII), dont une poignée d'articles (449 à 458)règle la question sans ambiguïté. Une femme qui a recours à l'avortement, ou tente de le faire, encourt jusqu'à deux ans de prison, tout comme quiconque l'aide ou l'encourage. Mais le risque le plus grand plane au-dessus des “exécuteurs”, médecins, personnel médical, “faiseuses d'ange”, terme faussement poétique pour désigner les avorteuses traditionnelles. Ainsi, “quiconque, par aliment, breuvages,médicaments, manœuvres, violences ou par tout autre moyen” a pratiqué ou tenté de pratiquer un avortement est menacé de un à cinq années derrière les barreaux. De dix à vingt ans en cas de mort de la patiente, jusqu'à trente ans si la récidive est avérée. En somme, la loi marocaine ne reconnaît que l'avortement dit thérapeutique, dans le cadre de la protection de la santé de la mère. “En cas depépin, tout le monde est mouillé”, avertit un médecin rbati. Bien sûr, “tout le monde” ne le fait pas. Mais “beaucoup de monde”, si.

Une pratique fréquente, totalement clandestine
Car dans n'importe quel domaine, la sévérité de l'interdit fabrique presque mécaniquement ses stratégies de contournement et favorise la clandestinité. Inutile de se plier en quatre pour mettre la main sur une hypothétiqueétude nationale, chiffrée ou non, “il n'en existe aucune”, affirme le Dr Mohammed Yacoubi, président de la Société marocaine de fertilité et de contraception à Casablanca. En fait, la seule étude quantitative marocaine, exception somme toute éclairante, est le travail de l'Institut national de statistiques et d'économie appliquée (INSEA), mené dans le cadre d'une université belge par FatimaBakass et Abdesslam Fazouane. La question de l'avortement a été posée exclusivement aux femmes mariées : 10% d'entre elles ont reconnu y avoir eu recours (voir encadré). L'avortement au Maroc, dans sa globalité, a parfois été abordé à l'étranger.

Mais nul besoin d'étude pour savoir que l'avortement est monnaie courante au Maroc. Jeunes couples ayant des problèmes financiers ou femmes d'âge mûrrefusant une nouvelle grossesse après une erreur de contraception, jeunes filles non mariées et démunies, ou patientes ne souhaitant pas, pour raisons personnelles, l'enfant à ce stade précis de leur vie… “Je reçois une à deux demandes par jour”, explique ce gynécologue. “S'il s'agit d'un couple marié, je fais mon maximum pour les convaincre du choix contraire, en les rassurant, en trouvant les...
tracking img