Babel et la crainte de la dispersion de l'humanité

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  • Publié le : 1 décembre 2010
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Babel et la crainte de la dispersion de l’humanité.

Une première interprétation voudrait que le sens de cette histoire soit le fait de la jalousie de Dieu. L’éternel s’inquiéterait de cette tentative des peuples de s’unir en parlant une même langue afin de lui contester son monopole. Pour faire échec à cette tentative, Dieu confond leur langage pour qu’ils ne s’entendent plus les uns avec lesautres càd il met fin à une entreprise commune en les éloignant, en les dispersant, en créant plusieurs langues.
Mais, cette première interprétation est correcte à condition d’accepter un point de vue prométhéen, conception selon laquelle l’homme peut tout mais les dieux sont jaloux et brisent les projets humains pour préserver le monopole de leur toute puissance. Ainsi, tous les phénomènesnaturels tels que les cyclones, raz de marée et autres canicules seraient les manifestations de la volonté de Dieu.
Mais l’histoire de Babel n’est pas celle de Prométhée (voir l’explication de l’œuvre de Kant, Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique) même si l’on retrouve dans les deux mythes cette volonté humaine de dépasser les bornes de son pouvoir (voir Descartes,Discours de la méthode IV ; Pascal, Pensées, frag 379 et suivants). Le sens de Babel n’est pas celui d’une punition de Dieu.
Nous retrouverons ce problème lorsque nous traiterons de la notion d’interprétation, par exemple d’une œuvre d’art, notamment à partir de la représentation de la tour de Babel par Bruegel l’Ancien.

En réalité, le texte biblique est autant anthropologique que religieux etl’interrogation est fondamentale : quel est le bienfait qui peut résulter de la dispersion linguistique des hommes ? Traditionnellement, tout ce qui sépare est considéré comme mal alors que l’unité s’énonce comme un bien. Quel bienfait résulte de la séparation des langues ?
Dans cette histoire de Babel, l’homme est considéré comme un être en devenir, jamais achevé et toujours en voied’accomplissement. L’homme recherchant naturellement le bien (ou ce qu’il croit tel), il est un être imparfait se dirigeant à tâtons vers une perfection. Pourtant cette perfection n’est pas de ce monde. Elle est une attente et un espoir. En effet, une unité parfaite qui serait instaurée dans notre monde ne saurait être qu’une fausse unité car, ce qui caractérise l’homme, ce n’est pas une unité achevée mais l’effort,le travail en vue de la réalisation progressive de cette unité ou perfection. Ce travail en vue de l’unité s’exprime par l’idée de relation. La vie de l’homme consiste donc à tisser des relations avec des personnes différentes de lui.
La recherche de l’unité ne suppose donc pas l’abolition des diversités individuelles ou culturelles mais au contraire par l’entretien de leurs relations. L’hommese civilise et se moralise lorsqu’il apprend à reconnaître l’autre dans sa diversité, son altérité (alter ego). Bref, tout le contraire de ce que JP. Sartre pense lorsqu’il dit dans Huis clos que « l’enfer c’est les autres ».

Ainsi, la dignité d’autrui disparaît si je nie sa différence, sa diversité. La valeur d’un être humain est donc liée à sa singularité. Corrélativement, une unité(politique par ex) qui voudrait supprimer toutes ces singularités en abolirait ipso facto la valeur propre.
Contrairement à ce que l’on pense communément, le rêve d’unité risque de se concrétiser à travers les régimes totalitaires dans lesquels il n’existe plus qu’une langue, une pensée unique, un comportement type. C’est le monde de G. Orwell dans 1984. La lecture de cette fiction nous fait comprendre leglissement inéluctable du désir d’unité vers l’uniformité totalitaire.
La recherche de l’unité fait donc aussi courir le risque de l’imposition de l’uniformité et plusieurs auteurs n’ont pas manqués de faire remarquer que, depuis la saison révolutionnaire, « L’admiration pour l’uniformité, admiration réelle de quelques esprits bornés, affectée par beaucoup d’esprits serviles, est reçue...
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