Bac terminal

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Point de vue
Plateau de Saclay : un territoire d'exception mérite un projet d'exception, par Thomas Lamarche et Olivier Réchauchère
Thomas Lamarche est économiste à l'université de Paris VII
Olivier Réchauchère est militant associatif du territoire de Saclay, ancien membre d'une commission du débat public
LEMONDE.FR | 12.04.10 | 14h00 • Mis à jour le 12.04.10 | 19h43

Le projetd'installer sur le plateau de Saclay une Silicon Valley à la française (selon les mots du secrétaire d'Etat Christian Blanc) est doublement emblématique des travers des pouvoirs publics français en matière d'aménagement. D'une part parce que l'Etat se montre incapable de prendre en compte les spécificités d'un secteur du savoir qui peine à émerger (crise de l'Université, faible niveau des dépenses derecherche…) dans sa conception de ce cluster scientifique. D'autre part parce qu'il semble se refuser à penser avec les acteurs locaux la complémentarité des diverses dimensions de ce territoire ; son volontarisme se heurtant à une opposition citoyenne vigilante et capable de proposer une vision alternative.

UN CLUSTER VU D'EN HAUT

"Cluster" semble le maître mot de l'action de l'Etat dans ceprojet. Cette notion s'est imposée dans les années 1990 à partir de l'étude de la dynamique des territoires à forte activité technologique. Elle désigne des projets fortement spatialisés où l'action jointe des acteurs publics (collectivités territoriales notamment), de laboratoires de recherche et d'entreprises favorise un développement endogène reposant sur des ressources locales (ressourcesnaturelles, compétences professionnelles, culture commune…). Cluster (littéralement "grappe") désigne ainsi l'agglomération d'activités, les exemples classiques étant la Silicon Valley ou l'aéronautique à Toulouse. La coopération d'acteurs variés, publics et privés, entreprises, collectivités et associations est reconnue comme un ingrédient original des agglomérations réussies.

Malheureusement, le pôlescientifique de Saclay ne relève pas de cette conception. A l'inverse d'une démarche coopérative, le mode de fonctionnement qui s'y dessine privilégie la mise en concurrence des laboratoires de recherche, des universités et des écoles : concurrence pour l'accès aux ressources publiques, dans l'accès aux partenariats, dans un nouveau marché du travail des chercheurs. Le pôle lui-même étant enconcurrence avec d'autres territoires (ceux du plan Campus). Le secteur du savoir est ainsi pensé à partir d'une vision entrepreneuriale de l'enseignement supérieur et de la recherche et non plus à partir d'une profession qui se régule, chercheurs et enseignants définissant les savoirs légitimes, recrutant et gérant les carrières.

Ce qui tient lieu de coopération est la volonté quasi obsessionnellede rapprocher les acteurs sur un site unique. Or, si la proximité a bien une dimension spatiale, elle ne permet de penser les synergies que si deux autres dimensions de la proximité existent. Une proximité organisationnelle d'abord, qui fait que les acteurs sont liés par des réseaux, projets, actions, syndicats…, bref, qu'ils fondent un ensemble cohérent. Une proximité institutionnelle ensuite,dans laquelle les acteurs partagent un même langage, des mêmes valeurs et bénéficient de dispositifs de confiance qui permettent de travailler en commun. La dynamique de Paris-Saclay est trop exclusivement géographique, elle vise à agglomérer des activités d'enseignement et de recherche à une échelle très réduite, et ne traite pas, ou marginalement par le haut, des deux autres proximités.

Leprojet de déménagement de la faculté d'Orsay sur le plateau est le symbole de cette vision étriquée, qui, au-delà de son inefficacité scientifique, constituerait une aberration en termes d'urbanisme (transports notamment) et de consommation irraisonnée d'espace agricole, en flagrante contradiction avec les engagements du Grenelle de l'environnement.

UN DÉFICIT DÉMOCRATIQUE

"La mise en culture...
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