Bacbeth

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  • Publié le : 20 juillet 2010
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Shakespeare : Macbeth

Macbeth est la plus simple, la plus dense, en même temps que la plus brève des pièces majeures de Shakespeare. Elle annonça le renouveau d’un genre de tragédie qui allait rester en vogue jusqu’aux règnes de Jacques 1er et de Charles 1er: la tragédie de sang, que Thomas Kyd avait popularisé dans la Tragédie espagnole, au début de la période élisabéthaine. Les dramaturgesde cette époque croyaient faire ainsi revivre le théâtre antique. Mais seule une minorité d’érudits avaient accès à la source grecque; pour les autres, ils n’avaient à leur disposition que les mélodrames déclamatoires de Sénèque.
Dans Macbeth, Shakespeare a perfectionné la tragédie sénéquienne dont Webster (dans La Duchesse d’Amalfi et Le Diable blanc), ainsi que Cyril Tourneur, John Ford et JamesShirley, devaient par la suite reprendre la tradition. Il a aussi renouvelé le modèle tragique et grandement amélioré l’efficacité des anciennes techniques, précieuses jusqu’à l’enflure. Macbeth est une de ses pièces les plus sobres dans sa composition, et celle également où l’interaction des principaux personnages et de leurs motivations, leurs problèmes moraux et psychologiques, paraissent sousle jour le moins complexe.
Bien que l’action s’étale sur plusieurs années et que Shakespeare nous emmène à la cour d’Angleterre pendant quelques scènes, alors que l’action principale se déroule en Écosse, le temps et l’espace imaginaires ne paraissent pas enfreindre la règle aristotélicienne des trois unités. Le spectateur a l’impression que le drame coïncide avec la durée de sa représentationsur scène, et il lui semble ne jamais quitter un même lieu désertique, au cours d’une nuit lugubre. Les personnages secondaires dépendent de l’architecture de l’oeuvre bien plus qu’ils n’ont leur personnalité propre et autonome, à l’inverse de ce qui se produit dans les autres pièces de Shakespeare, même les drames historiques. La psychologie et la moralité de Macbeth et de son épouse sontpresentées dans leur dénuement essentiel. Le sujet de la pièce est le refus du repentir, le goût du péché, le remords, et le désespoir. Shakespeare n’y ajoute rien qui risque d’obscurcir son propos.
Le Macbeth de la Chronique de Holinshed, sur laquelle Shakespeare a pris appui, était un bon monarque. Après avoir assassiné avec l’aide de son camarade Banquo, un dictateur dont le mandat du ciel était arrivéà sa fin, il avait entamé, sorte de Robert Bruce primitif, un règne louable. Du temps de Shakespeare, en effet, l’assassinat politique — pourvu, naturellement, qu’il soit couronné de succès — était une voie d’accès au trône comme une autre. Rien n’assure que Robert Bruce, dès son temps de pénitence passé, ait éprouvé le moindre sentiment de pitié pour sa victime.
Shakespeare a été obligéd’accommoder l’histoire d’où il est parti pour la personnaliser et la “psychologiser”, comme nous dirions aujourd’hui. Quelle sorte de personnes éprouvent les tourments de Macbeth? Des êtres imaginatifs, qui ont le désir de tuer mais ne mettent jamais leur dessein à exécution et n’ont donc aucune raison de se repentir. En assassinant le roi, Macbeth franchit un premier seuil; mais ce n’est qu’avec lemeurtre gratuit de Banquo provoqué par sa culpabilité et sa peur, qu’il commet son crime le plus atroce, et atteint le point de non-retour. Ce basculement d’un univers à l’autre nous fournit la clé symbolique de l’oeuvre. La pièce doit être correctement mise en scène et dirigée pour présenter au spectateur un monde divisé en un hémisphère du bien et un hémisphère du mal. Macbeth a définitivement tournéle dos à la morale pour s’enfoncer dans un univers où les valeurs essentielles sont inversées. La réalité bascule, et c’est l’enfer, bien présent, tangible, qui occupe désormais la surface de la terre.
Blotti au fond de la scène, s’agite un groupe d’acteurs, qui ne sont pas de simples projections de l’inconscient, mais représentent concrètement les forces du mal. Les sorcières qui font de...
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