Balzac et la petite tailleuse chinoise

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  • Publié le : 6 octobre 2010
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E.V.Rakhilina Institut de la langue russe de l’Académie des Sciences de la Russie
rakhilina@gmail.com

LES SONS « ANIMAUX » 0. INTRODUCTION Il existe une idée ancienne selon laquelle la langue est essentiellement une grammaire et non un lexique, idée soutenue depuis toujours par la linguistique, ce qui est compréhensible. Il est intéressant cependant de voir que ce point de vue est partagé pardes gens « ordinaires ». En effet, quand une personne qui étudie une langue étrangère dit qu’elle apprend « une langue difficile » ou « facile », elle veut dire que cette langue possède un système de déclinaisons ou de variations lexicales plus ou moins complexe, mais non qu’il lui faut retenir trop, ou trop peu, de mots, pour commencer à parler : pour une raison que j’ignore, cet aspect de lalangue n’est pas pris en compte. En un certain sens, c’est une situation énigmatique parce que les locuteurs et récepteurs « ordinaires » disent et entendent des mots qui constituent une substance linguistique au sens propre, mais ce sont justement les mots qui sont ignorés. Cette attitude négligente envers le lexique fait que nos connaissances à son propos sont si limitées. Par exemple, à l’heureactuelle, nous ne pouvons pas dire si une langue est simple ou difficile (ou en d’autres termes, si elle est pauvre ou riche) du point de vue de la quantité lexicale. Certains linguistes diront qu’en principe cela n’a aucune importance, parce que les langues ont un nombre égal de lexèmes et qu’elles compensent leurs « lacunes » d’une manière ou d’une autre. A vrai dire, avant d’entamer desrecherches comparatives dans le domaine lexical, j’en étais moi-même persuadée. Mais des observations pertinentes nécessitent des recherches plus approfondies. En effet, comparer le lexique de différentes langues d’après les dictionnaires est un procédé douteux : chaque dictionnaire suit son propre principe, les uns mettent un accent particulier sur la polysémie, d’autres l’ignorent, les uns comprennentla formation des mots, alors que d’autres y incluent même des tournures prépositionnelles ou adverbiales (du type go out) comme une entrée à part, etc. Ainsi, ce problème ne peut pas être résolu à la va-vite : il est impossible d’apprécier d’un coup d’œil rapide non seulement le lexique d’une langue en général, mais aussi la quantité (ou le poids) d’un champ sémantique en les comparant à d’autres.Dans les années 1970, les morphologues ont été confrontés à un problème similaire, lié à l’incompatibilité des descriptions grammaticales. Cela a stimulé les recherches en théorie et pratique de la typologie grammaticale qui alors connu un essor exceptionnel. Il semble que le temps de la typologie lexicale soit venu. Les premiers pas dans cette direction ont déjà été faits. Au niveauinternational, il s’agit avant tout des recherches de Melissa Bowerman (2004), de Cliff Goddard et Anna Wierzbicka (cf., p.ex., Goddard, Wierzbicka 2002) et de John Newman (1997, 2002). En Russie, les recherches sont fortement influencées par une typologie « diachronique » (cf. Dybo 1996, Zaliznjak 2001), mais il existe aussi des recherches purement synchroniques, à savoir le récent projet sur les verbes demouvement dans l’eau (Aquamotion 2007) et un projet sur les verbes de douleur qui est actuellement en cours d’étude (Reznikova et al. 2008). Mais ce n’est qu’un début. Les recherches sur le lexique doivent être plus nombreuses et, pour avoir une image plus claire du tableau d’ensemble, il importe qu’elles concernent les domaines lexicaux les plus divers.
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Le présent article constitue l’ébauched’un projet : la typologie des verbes de bruit ou de son. Ce domaine est extrêmement intéressant par le fait qu’il possède une base dénotative très fragile pour la comparaison des langues. En effet, il y a une absence presque totale de ce que l’on pourrait appeler « ordre visuel » qui, par exemple, dans les verbes de mouvement (cf. le projet Aquamotion mentionné ci-dessus) ou dans les verbes de...
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