Balzac, la cousine bette, chapitre 15 (1846)

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  • Publié le : 14 décembre 2011
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Explication de texte : Balzac, La Cousine Bette, chapitre 15 (1846)

Introduction :

Avec la somme romanesque que constitue La Comédie humaine, Balzac a l’ambition de composer un vaste ensemble de « scènes » donnant un tableau complet de la société française de son temps. Le recours massif à la description (qu’on lui a souvent reproché) correspond à la volonté de rendre compte de la réalitédans sa matérialité et dans sa fonction. Il entend montrer le jeu des intérêts individuels qui font de la société un champ de forces, construisant un espace qui porte l’empreinte des puissants mobiles qui font, selon lui, agir les hommes : la volonté de puissance, l’ambition, l’envie, le désir de promotion sociale. La Cousine Bette illustre ainsi la violence des rapports qui régissent aussi bien lafamille, nœud de conflits, que la société.
Le chapitre 15 met en scène le « ménage Marneffe » qu’il nous présente dans son cadre, dotant ainsi la description d’une fonction dramatique et symbolique : l’appartement minable du couple explique et annonce les stratagèmes qu’il va utiliser pour sortir de sa misère en exploitant sans vergogne Hulot et Crevel. La corruption morale des deux personnagesse lit déjà dans la décrépitude des lieux qui porte la double empreinte de la gêne matérielle et de la déchéance morale, ce qui résume l’expression « une misère sans dignité ».
Nous verrons que cette description typiquement balzacienne, qui établit une stricte correspondance entre l’habitat et ses habitants, trouve sa justification dans la triple visée que lui accorde le narrateur : la peinturedu décor illustre un état social, caractérise les personnages, annonce la suite du roman. Ainsi se trouve légitimée cette pause descriptive qui en apparence suspend l’action de façon gratuite.

Le texte est composé de 7 paragraphes de longueur inégale, dont la succession opère une restriction progressive du champ, après le paragraphe liminaire qui joue le rôle d’introduction en annonçant l’objetde la description, dans sa globalité : l’appartement des Marneffe, qui vivent dans le même immeuble vétuste que la Cousine Bette, parente pauvre des Hulot. Le temps dominant de ce texte est l’imparfait, ce temps signalétique de la description qui fige le réel décrit comme dans un tableau. La description, qui utilise le procédé de la métonymie (les objets sont dans une relation de contiguïté),simule un déplacement de l’observateur à l’intérieur de l’appartement, lui permettant de découvrir la suite des pièces : le salon, la salle à manger, ma chambre de monsieur, la chambre de madame (à laquelle est consacré un développement plus conséquent). Ce qui produit l’effet d’une visite guidée, à la suite d’un observateur-descripteur dont le statut n’est pas précisé.
Le paragraphe 1 est uneprésentation globale de l’appartement sous la forme d’un jugement de valeur négatif, plaçant le décor sous le signe du paraître et même du mensonge : l’appartement « offrait les trompeuses apparences de ce faux luxe qui règne dans tant d’intérieurs ». Les deux adjectifs « trompeuses » et « faux » produisent un effet de surenchère, accentuant l’idée d’un contraste entre l’apparence et la réalité, etsuggérant que le couple Marneffe vit au-dessus de ses moyens, ou plutôt n’a pas les moyens de ses ambitions sociales. Le culte de l’apparence les rattache à une vision péjorative de la petite bourgeoise et de ses prétentions sociales, comme de sa volonté d’imiter les catégories qu’elle envie, l’aristocratie et la grande bourgeoisie. Le logis est intégré dans une catégorie globale, celle de « tantd’intérieurs » parisiens, situant les Marneffe dans la classe des petits bourgeois de l’époque, ce qui est une façon dévalorisante de les priver de toute originalité. Le présent d’actualité « règne » produit un effet de réel ; il tend à rattacher l’univers fictif à la réalité contemporaine du narrateur et du lecteur.
Le paragraphe suivant (2) développe de façon plus détaillée l’impression initiale...
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