Baraka

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  • Publié le : 29 avril 2010
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N°13, rue Baraka, il y était enfin ! Après une dernière vérification, l'homme en noir s'engagea d'un pas résolu sur la rampe à faible déclivité menant de la rue jusqu'à la porte d'entrée du pavillon. Il ne s'étonna pas de cet accès particulier à l'habitation. Ses collègues l'avaient prévenu. Le locataire du pavillon était impotent, adepte contraint et forcé du fauteuil roulant et, pour ne rienarranger, un client pour le moins difficile ! Ce premier client représentait d'ailleurs son " baptême ", une petite épreuve de bienvenue au sein de la Compagnie.

Il s'immobilisa devant la large porte d'entrée, coinça sa serviette noire sous son bras et, sans plus hésiter, actionna de sa main gantée l'interrupteur d'une sonnerie électrique. Rien ! Pas le moindre " ding ", pas le moindre " dong ",aucun tintement d'aucune sorte. Il renouvela son geste en appuyant plus fort et plus longtemps. Rien !

À l'intérieur du pavillon, Babu entendit le carillon de la porte d'entrée. Mais il se rappela aussitôt qu'il était sourd, un terrible bombardement durant la dernière guerre ayant définitivement anéanti ses tympans. À vrai dire, il ne distingua que le signal lumineux caractéristique indiquantla présence d'un visiteur. Le carillon entendu n'existait que dans sa tête.

D'un effleurement sur une touche ultrasensible sur l'accoudoir de son fauteuil, il télécommanda l'ouverture de la porte d'entrée, sans même demander à qui il avait affaire. Fatale distraction ! Mais il se rappela également qu'il n'aurait pu le faire, car il était muet. Durant la guerre qui avait vu la perte de sestympans, une balle perdue avait, aussi, malencontreusement trouvé sa gorge et broyé ses cordes vocales. Les paroles qu'il ne prononça pas, il les pensa, tout simplement. À cette heure matinale, cela ne pouvait être que Marthe, l'infirmière. Fatale erreur !

Répondant à la commande électrique, la porte d'entrée s'ouvrit, silencieuse, sur un vestibule désert. L'homme en noir, un moment surpris, entranéanmoins d'un pas décidé. La serviette toujours sous le bras, un parapluie encapuchonné accroché au pli du coude, il avança dans le vestibule. De son côté, Babu roula à la rencontre de Mlle Marthe. Stupeur ! Ce n'était pas Marthe, mais un homme en noir !

L'un parla, l'autre n'entendit rien. Et réciproquement. L'un s'obstina, l'autre prit peur. Le premier avança sur ses jambes, le second roula enarrière. C'était... comment dire ? Surréaliste !

Toujours en marche arrière, Babu parvint dans le salon, contourna une table basse, passa devant la cheminée et s'immobilisa contre un mur. Malédiction ! L'homme en noir l'avait suivi ! Derrière l'infirme, accroché au mur, un sabre d'abordage jetait le feu froid de son acier poli.

- Voilà qui fera l'affaire !, se dit Babu.

Sans doutepensait-il être en mesure de se protéger avec cette arme d'apparat, intimider l'intrus ou même le découper en rondelles s'il se montrait agressif. Mais Babu se rappela soudain que sa main droite était restée dans les engrenages d'un élévateur, sur un chantier dans le Nord. Il pensa alors à utiliser sa main gauche. Mais ce fut pour se souvenir que celle-là, aux trois quarts déchiquetée par l'éclaboussured'un jet de fonte en fusion, parvenait à peine à actionner les touches ultrasensibles de ses diverses télécommandes. Consécutivement à ces diverses constatations, Babu blêmit.

En face de l'infirme, l'homme en noir commençait enfin à comprendre. Son client avait pris peur ! Quoi de plus normal pour un handicapé de cet acabit ! Il songea alors qu'un sourire aimable, bien mieux qu'un longdiscours, pourrait le rassurer. Il déposa sa serviette noire sur la table basse, ôta son chapeau également anthracite, retira ses lunettes de soleil inutiles et tenta de faire bonne impression. Du moins eut-il cette intention. Mais Babu, acculé dans son coin, avait du brouillard dans les yeux, depuis les vapeurs corrosives reçues en pleine face lors de l'explosion de l'usine chimique en 74.

Babu...
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