Barbier de seville

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  • Publié le : 19 mai 2011
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FIGARO. Je ne me trompe point, : c’est le comte Almaviva.
LE COMTE. Je crois que c’est ce coquin de Figaro.
FIGARO. C’est lui-même, Monseigneur.
LE COMTE. Maraud ! si tu dis un mot…
FIGARO. Oui, je vous reconnais ; voilà les bontés familières dont vous m’avez toujours honoré.
LE COMTE. Je ne te reconnaissais pas, moi. Te voilà si gros et si gras…
FIGARO. Que voulez-vous, Monseigneur, c’estla misère.
LE COMTE. Pauvre petit ! Mais que fais-tu à Séville ? Je t’avais autrefois recommandé dans les bureaux pour un emploi.
FIGARO. Je l’ai obtenu, Monseigneur ; et ma reconnaissance…
LE COMTE. Appelle-moi Lindor. Ne vois-tu pas, à mon déguisement, que je veux être inconnu ?
FIGARO. Je me retire.
LE COMTE. Au contraire. J’attends ici quelque chose, et deux hommes qui jasent sont moinssuspects qu’un seul qui se promène. Ayons l’air de jaser. Eh bien, cet emploi ?
FIGARO. Le ministre, ayant égard à la recommandation de Votre Excellence, me fit nommer sur-le-champ garçon apothicaire.
LE COMTE. Dans les hôpitaux de l’armée ?
FIGARO. Non ; dans les haras d’Andalousie.
LE COMTE, riant. Beau début !
FIGARO. Le poste n’était pas mauvais, parce qu’ayant le district des pansementset des drogues, je vendais souvent aux hommes de bonnes médecines de cheval…
LE COMTE. Qui tuaient les sujets du roi !
FIGARO. Ah, ah, il n’y a point de remède universel —… mais qui n’ont pas laissé de guérir quelquefois des Galiciens, des Catalans, des Auvergnats.
LE COMTE. Pourquoi donc l’as-tu quitté ?
FIGARO. Quitté ? C’est bien lui-même ; on m’a desservi auprès des puissances : L’envie auxdoigts crochus, au teint pâle et livide…
LE COMTE. Oh grâce ! grâce, ami ! Est-ce que tu fais aussi des vers ? Je t’ai vu là griffonnant sur ton genou, et chantant dès le matin. 
FIGARO. Voilà précisément la cause de mon malheur, Excellence. Quand on a rapporté au ministre que je faisais, je puis dire assez joliment, des bouquets à Chloris, que j’envoyais des énigmes aux journaux, qu’il couraitdes madrigaux de ma façon ; en un mot, quand il a su que j’étais imprimé tout vif, il a pris la chose au tragique et m’a fait ôter mon emploi, sous prétexte que l’amour des lettres est incompatible avec l’esprit des affaires.
LE COMTE. Puissamment raisonné ! Et tu ne lui fis pas représenter…
FIGARO. Je me crus trop heureux d’en être oublié, persuadé qu’un grand nous fait assez de bien quand ilne nous fait pas de mal.
LE COMTE. Tu ne dis pas tout. Je me souviens qu’à mon service tu étais un assez mauvais sujet.
FIGARO. Eh ! mon Dieu, Monseigneur, c’est qu’on veut que le pauvre soit sans défaut.
LE COMTE. Paresseux, dérangé…
FIGARO. Aux vertus qu’on exige dans un domestique, Votre Excellence connaît-elle beaucoup de maîtres qui fussent dignes d’être valets ?
LE COMTE, riant. Pasmal ! Et tu t’es retiré en cette ville ?
FIGARO. Non, pas tout de suite.
LE COMTE, l’arrêtant. Un moment… J’ai cru que c’était elle…
Dis toujours, je t’entends de reste.
FIGARO. De retour à Madrid, je voulus essayer de nouveau mes talents littéraires ; et le théâtre me parut un champ d’honneur…
LE COMTE. Ah ! miséricorde !
FIGARO. (Pendant sa réplique, le comte regarde avec attention du côté dela jalousie. ) En vérité, je ne sais comment je n’eus pas le plus grand succès, car j’avais rempli le parterre des plus excellents travailleurs ; des mains… comme des battoirs ; j’avais interdit les gants, les cannes, tout ce qui ne produit que des applaudissements sourds ; et d’honneur, avant la pièce, le café m’avait paru dans les meilleures dispositions pour moi. Mais les efforts de la cabale…LE COMTE. Ah ! la cabale ! monsieur l’auteur tombé !
FIGARO. Tout comme un autre ; pourquoi pas ? ils m’ont sifflé ; mais si jamais je puis les rassembler…
LE COMTE. L’ennui te vengera bien d’eux ?
FIGARO. Ah ! comme je leur en garde, morbleu !
LE COMTE. Tu jures ! Sais-tu qu’on n’a que vingt-quatre heures, au Palais, pour maudire ses juges ?
FIGARO. On a vingt-quatre ans au théâtre ; la...
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