Baroque et classicisme

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  • Publié le : 30 mars 2010
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Baroque et classicisme
Le XVIIe siècle français est marqué par la succession de deux courants artistiques qui s'opposent : le baroque et le classicisme. Impliquant deux visions du monde contradictoires, ces mouvements s'expriment également dans des formes littéraires qui leur sont propres.
En quoi les visions baroque et classique du monde s'opposent-elles ? Alors que la France estencore fortement marquée par les bouleversements politiques et les guerres de religion, le sentiment qui domine au début du XVIIe siècle est celui d'une grande instabilité du monde et de la vie humaine. Le mouvement baroque naît de cette impression d'un monde en mouvement, qui n'est jamais fixé et où rien n'est irréversible. Sur le plan religieux, cette conception se traduit par la montée enpuissance des Jésuites qui affirment que Dieu n'a pas fixé par avance le destin de l'homme et que ce dernier doit gagner son salut en participant activement à la vie terrestre. Dans les Églises, le baroque s'exprime par un foisonnement d'ornements et de richesses : on célèbre la beauté de l'univers en imitant la fécondité et la puissance de la nature. Enfin, le baroque se caractérise par une volonté derupture avec les modèles du passé : les libertins affirment ainsi leur volonté de penser par eux-mêmes et font de la recherche du bonheur sur cette terre le but ultime de l'existence humaine.
Pourtant, à partir de 1661, le règne de Louis XIV marque le début d'une nouvelle ère politique qui coïncide avec un changement profond des valeurs : rejetant la vision baroque du monde, le classicisme sepositionne comme un mouvement symétriquement inverse. Pour les classiques, en effet, le monde est figé et constamment soumis à la volonté divine. Par conséquent, seul Dieu peut assurer le salut de l'homme dont le destin est déterminé par avance. Cette vision janséniste de la vie trouve son expression politique dans la monarchie absolue : le monarque est souverain et le pouvoir centralisé. Le modèlesocial qui prédomine est celui de « l'honnête homme », c'est-à-dire l'homme cultivé et modéré, qui fréquente la cour et les salons et qui se plie aux exigences de la raison.
2. Quels sont les motifs et les formes littéraires du baroque ?
La vision baroque du monde s'exprime d'abord, dans la littérature, par le refus des règles et de la régularité : les écrivains rejettent, par exemple, lahiérarchie des genres (l'opposition entre les genres nobles et les genres vulgaires). Ainsi, de nombreuses pièces comme L'Illusion comique (1636) de Corneille ou La Tempête (1611) de Shakespeare mêlent allègrement les registres comique et tragique. Le roman porte également la marque de ce mélange des genres.
Les thèmes de l'illusion et de l'apparence trompeuse sont repris sous des formesmultiples dans les œuvres littéraires : introduction d'éléments merveilleux (fées, magiciens, animaux enchantés, etc.), construction en abyme (le « théâtre dans le théâtre »), récurrence des thèmes de l'eau fuyante et insaisissable, du feu volatile et impalpable, etc. L'idée qui prédomine est que « le monde entier est un théâtre » (Shakespeare). Le baroque aime le grouillement des foules, le mouvementdes corps, le contraste violent des couleurs et des timbres, la joie du spectacle et des métamorphoses. C'est le contraire de ce que sera l'idéal classique : non la mesure, non l'équilibre, non le bonheur d'un monde en ordre, mais la démesure, le vertige, la dépense, la contemplation fascinée du désordre.
Cet idéal se manifeste dans l'écriture littéraire à travers des figures d'accumulation,d'opposition (antithèses, oxymores qui traduisent la complexité du monde) ou d'amplification (hyperboles, anaphores, etc.).
Je rencontrai d'abord une étoile de cinq avenues, dont les arbres par leur excessive hauteur semblaient porter au ciel un parterre de haute futaie. En promenant mes yeux de la racine au sommet, puis les précipitant du faîte jusqu'au pied, je doutais si la terre les portait...
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