Bateau ivre

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  • Publié le : 7 juin 2010
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Rimbaud rejoint en septembre 1871, Verlaine à Paris avec ce long poème, le "Bateau ivre", qu'il va réciter au cénacle parnassien. L'accueil est enthousiaste ! Pourtant, écrira Louis Aragon, admirer le “Bateau ivre” est un signe de vulgarité de l'esprit...". Sans partager ce propos, on peut admettre que le succès même de Rimbaud auprès des Parnassiens rend le poème soupçonnable de n'être encorequ'un texte d'apprentissage, le dernier et le plus magistral, plus qu'un texte vraiment révolutionnaire.
Le départ du navire (Q 1 et 2)
L'obscurité du poème, s'éclaire si l'on mène de front deux lectures, le récit d'un voyage maritime, d'une odyssée, que raconte, le bateau lui-même, et celui d'une expérience, d'une quête poétique. Le "je" désignant tant le bateau que Rimbaud. Le voyage est unelongue métaphore, en 25 quatrains d'alexandrins à rimes croisées, de l'entreprise rimbaldienne. "Bateau ivre" est à la fois l'odyssée d'un bateau et d'un poète adolescent à la dérive ! on y trouve des superpositions, des surimpressions, entre une dramatique "maritime" et les exploits, les épreuves, les échecs de l'adolescent entré en poésie ! Toutes les expériences du bateau ivre sont celles deRimbaud. Par un jeu constant de métaphores entre poète et bateau, on assite à la première séparation, pour le navire l'éloignement des "haleurs" qui représentent les liens, les guides et pour le poète les traditions, les entraves, les conventions. Les "Fleuves impassibles" représentent cette société immobile, étrangère à ses élans poétiques. La violence de la séparation rendue par l'image du massacredes haleurs est ici renforcée par les "i" rouges que le sonnet des "Voyelles" associait à de brutales ivresses. Les alexandrins amples, sans pauses fortes rendent compte de l'impatience du poète pour sa nouvelle aventure loin de la société commerciale, source de toutes les aliénations de l'individu. "Les fleuves m'ont laissé descendre où je voulais" traduit sa rébellion d'adolescent, son désir d'autonomie, mais l'ambiguïtédu verbe "descendre" que l'on pourrait croire au fil de l'eau deviendra une descente en enfer.
Le contact avec la mer (Q 3 et 4)
Le "Moi" qui éclate à l'attaque du vers affirme le dynamisme et l'énergie du poète dans son projet. Au givre immobile de l' hiver qui engourdit et traduit l'enfance idiote qui s'isole dans son propre monde, succède les hardiesses et lestempêtes de l'adolescence. Le poète-navire quitte le monde, les "péninsules démarrées". Au fleuve paisible succède un univers marin agité, chaotique que résume le terme "tohu-bohu". Le contact avec l'océan est une danse métaphorisée, une euphorie, de liberté retrouvée, une délivrance que l'on retrouvera dans le poème "Phrases", "J'ai tendu des cordes de clocher à clocher... et je danse". Cette euphoriedevient indifférence, insouciance du bateau fugueur face aux gouffres marins, "rouleurs éternels de victimes", mépris des dangers, des signaux d'alarme "l'œil niais des falots".
L'euphorie marine (Q 5 et 6)
Mer et ciel se confondent dans une constellation de mots, de néologismes et une galaxie de strophes. La phase d'initiation est terminée et lui succède une grande jouissance, un appétitlongtemps contenu. Comme "Ophélie", il s'abandonne "ravi" aux courants marins et tourné vers le ciel dévore les "azurs verts".Totalement immergé dans la mer, possédé par elle au point de ne plus être qu'une "flottaison blême", il s'abandonne à l'immensité qu'il souhaite parcourir, oublie son corps pour devenir pensée et ne faire qu'un avec l'objet de son désir.
L'expérience du voyant (quatrains 7 et 8)"J'ai vu quelques fois ce que l'homme a cru voir" résume à lui seul le but de son entreprise, il a désormais une vision de son projet que lui procure cet état extatique, dans ce "rutilements" de couleurs, ces "bleuités", néologisme des "Premières communions", musical en soit. Ici l'univers est somptueux et harmonique crées par le jeu d'assonances en "ou", "an/en", "i". La majesté du rythme,...
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