Baudelaire la chevelure

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  • Publié le : 9 mai 2010
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Baudelaire, La Chevelure – Les Fleurs du Mal
Introduction :
Le titre du poème La Chevelure nous plonge d'emblée dans l'univers féminin, en introduisant conjointement au thème fondamental de la femme dans la poésie de Baudelaire, celui de l'amour. Mais curieusement, tout au long du poème, la femme n'est présente que par ce seul attribut de séduction.
Voilà qui fait de ce poème une pièceemblématique du sulfureux recueil des Fleurs du Mal qui paraissent en 1857, et font l'objet de polémiques et de condamnations.
Le propos de Baudelaire dans ce poème n'est pas de faire le portrait de la femme aimée, mais d'utiliser la puissance évocatrice de la chevelure afin de pénétrer dans l'univers du rêve.
Nous étudierons comment la femme aimée, grâce à sa chevelure, ouvre au poète lesportes de l'imagination puis nous verrons comment cette incitation au rêve se déclare sous la forme d'une invitation du voyage, enfin nous verrons comment le poète se rêve l'égal de Dieu.
Texte :
Ô toison, moutonnant jusque sur l'encolure !
Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir !
Extase ! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure
Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veuxagiter dans l'air comme un mouchoir !

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !
Comme d'autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum.

J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l'ardeur des climats ;
Fortestresses, soyez la houle qui m'enlève !
Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts :

Un port retentissant où mon âme peut boire
A grands flots le parfum, le son et la couleur ;
Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire,
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur.

Jeplongerai ma tête amoureuse d'ivresse
Dans ce noir océan où l'autre est enfermé ;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse,
Infinis bercements du loisir embaumé !

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond ;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m'enivre ardemment des senteurs confonduesDe l'huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde !
N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir ?
I) La femme, par le truchement de sa chevelure, ouvre au poète les portes de l'imaginaire.
1) Le pouvoirsensuel et envoûtant de la chevelure.
La femme aimée est peut-être Madame Sabatier, la belle mulâtresse dont Baudelaire fut épris. Elle n'apparaît pas décrite à travers un portrait détaillé mais à travers le détail de sa chevelure : « la chevelure », « boucles » (v.2), « fortes tresses » (v.13). On sent donc Baudelaire obsédé par cet attribut, dont la répétition souligne le pouvoir sensuel etenvoûtant.
D'ailleurs, le poète n'hésite pas à puiser dans un champ lexical animal, pour évoquer cette sensualité débordante : « Ô toison, moutonnant » (v.1), « la crinière » (v.31). C'est le parfum féminin dont est empreinte la chevelure qui va stimuler l'imagination du poète.
Le pouvoir envoûtant de ce parfum s'accommode parfaitement avec le rythme régulier presque incantatoire del'alexandrin.
Cette sensation forte transporte le poète dans l'extase et met en branle son imagination.
2) Un imaginaire peuplé de souvenir.
Le parfum qui se dégage de la chevelure de la femme aimée, lui en rappelle un autre. Le voilà donc parti en quête de ses souvenirs.
D'ailleurs le mot « souvenir » encadre le poème : il l'ouvre et le clôt.
II) L'invitation au voyage.
1) Un voyage...
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