Baudelaire : la cloche fêlée

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  • Publié le : 21 mars 2011
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Extrait étudié :
La cloche fêlée

INTRO : Ce sonnet irrégulier, extrait de Spleen et Idéal, exprime de façon tragique la malédiction du poète Derrière la double allégorie de l’hiver, saison dévolue au spleen et à la souffrance, et de la cloche, qui symbolise explicitement l’âme, c’est une confession sur l’impuissancecréatrice qui se cache.

I° AVANT LA CREATION : rêverie et méditation.

1) La rêverie
Le poème commence, comme dans Chant d’automne, par adopter un ton général, avant d’y opposer une focalisation intime. « Il est amer et doux », « Les nuits d’hiver » : le poète considère cette scène comme étant de portée universelle. Pourquoi ? Parce que l’hiver, accentué par le pluriel de ses « nuits »,est la saison du spleen ; la saison du froid, de la souffrance, dont il faut se protéger.
Protection apportée, dans cette première strophe, par une image, au double sens du terme, de foyer : le « feu », mais aussi la maison, protègent de l’hiver. Abri de la maison, dont Julien Gracq dit que c’est une des figures essentielles de la poésie baudelairienne : la maison, c’est l’intériorité,l’introspection ; bref, le moi qui s’oppose au monde, hostile. En effet, dans cette maison, au bord de ce feu, on « écoute les souvenirs ». Pourquoi « écouter » ? Constatons l’allitération en « p » et « f », qui font une véritable harmonie imitative : ce sont les craquements et les sifflements du feu que nous entendons ici. Oui, Baudelaire, fasciné par le feu, est plongé dans une rêverie hypnotique, au coursde laquelle remontent ses « souvenirs lointains ». Encore une fois, c’est ici un thème très proprement baudelairien : le passé donne de la joie, parce que le passé est strictement intérieur, tandis que le présent consiste à affronter l’extériorité, le monde. L’allitération en « l » du vers 3 exprime la fluidité de cette danse des souvenirs, provoquée par la rêverie, et associée aux volutes de lafumée.
Mais si les souvenirs se lisent ou, plutôt, s’écoutent dans la fumée, n’est-ce pas qu’ils sont fragiles, volatils ? La remémoration, l’abri de l’intériorité est un abri fragile. On comprend « amer et doux » ; doux parce que c’est un abri ; amer parce que l’abri… part en fumée.

2) La sortie
Car il est une deuxième voie pour affronter l’hiver : c’est justement de l’affronter sans s’enprotéger ; c’est de manifester non la passivité, l’attitude de la rêverie protectrice, mais un courage qui nous fait sortir dans le grand froid. Et nous voyons en effet le poète attiré au dehors par un son, nettement plus audible que les craquements discrets du feu : celui des carillons.
Image de grâce : les carillons sont des cloches gracieuses et aiguës, qui affrontent le froid par le chant.D’ailleurs, on voit dans la brume une transition avec la fumée : c’est encore une fumée, une atmosphère rêveuse qui se promet là. Mais attention : la fumée est chaude, la brume est froide. C’est là le piège fatal.

II) La méditation sur la cloche
1) Pourquoi la cloche
Le titre nous l’annonçait, mais la première strophe ne semble nous amener son objet que bien tardivement, et, encore, de manièreimprécise : les « carillons » ne sont pas « la cloche » ; ils sont de petites cloches. Baudelaire montre ici qu’on ne vient pas immédiatement au thème de la cloche. Pourquoi ? Parce que la cloche n’est pas un symbole « naturel » ; la cloche, plutôt est un modèle, qu’on peut vouloir imiter pour affronter le spleen, donc l’hiver. :

2) Qu’est-ce que la cloche ?
La cloche est immédiatementassociée au champ lexical de la spiritualité : « bienheureuse », « religieux », « fidèlement ». La cloche, c’est le son de la prière, de la spiritualité. Son puissant (« vigoureux »), qui traduit l’élévation de l’âme. Mais est-ce que Baudelaire veut ici référer à la thématique religieuse ? Nous pensons plutôt que c’est, là encore, un symbole. Car la cloche émet un son, elle a un gosier : c’est...