Baudelaire, le réel et la surnature

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  • Publié le : 25 mars 2011
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Corrigé de dissertation : La cloche fêlée, Les Fleurs du Mal, Baudelaire, 1861,


Introduction

La cloche fêlée se situe dans la rubrique Spleen et Idéal des Fleurs du Mal et s’inscrit dans l’expérience du spleen, état profondément mélancolique lié au temps, à l’accablement du souvenir et à l’ennui psychologique. Ce sonnet constitue une des multiples expressions du spleen en rapportantl’angoisse existentielle et métaphysique ressentie par le poète face à la mort. L’évocation de cette dernière repose sur une allégorie : il s’agit donc d’expliquer comment ce procédé affecte la structure du sonnet tout en nous éclairant sur la relation du poète avec sa propre fin. Pour rendre compte des enjeux de ce sonnet, on étudiera d’abord l’organisation et la structure de celui-ci, puis on enanalysera le fonctionnement allégorique pour enfin aborder la nature de la relation du poète avec la mort.

Plan détaillé de la dissertation

I Une allégorie de la mort

A/ Les personnifications / Intrusion de la mort dans le monde réel

B/ La métaphore filée / L’omniprésence de la mort

II Le poète et la mort : une relation ambiguë

A/ La voix du poète dans l’énonciation / L’expériencede la mort par le poète

B/ Lexique et métaphores de la vie et de la mort / Révolte et acceptation du poète

Conclusion

En définitive, tout concourt, au moyen de l’allégorie, à donner dans ce sonnet une image vivante et concrète de la mort, et à la transfigurer en objet poétique. Par ailleurs, le poète parvient non seulement, par un travail extrêmement rigoureux sur la structure même de cesonnet, à nous faire partager de manière subtile son expérience de la mort mais également à développer l’idéal du spleen qui constitue une des sources majeures de l’inspiration poétique de Baudelaire.

I Une allégorie de la mort

Dans ce sonnet, l’allégorie de la mort prend la forme d’un mouvement de l’abstrait vers le concret à travers la description physique de la cloche. L’analogieentre ces deux objets permet de saisir la portée symbolique qui est celle de l’irruption de la mort dans le monde des vivants.

A/ Les personnifications / Intrusion de la mort dans le monde réel

Il convient de voir comment se construit l’image de la mort, à l’origine simple idée devient, sans être explicitement nommée, par le mécanisme des personnifications un objet qui finit par investir leréel humain. La mort apparaît d’abord de manière spectrale, presque évanescente et évoquée à travers une sensation douce et amère dans le champ de la nuit d’hiver dès le vers 1 : « Il est amer et doux, pendant les nuits d’hiver ». L’emploi de la tournure impersonnelle et l’utilisation d’un complément circonstanciel de temps dont l’information très générale donne à la mort une forme imprécise,floue et insaisissable en même temps qu’elle favorise une certaine ironie proche du pathétique.
Sa pénétration dans notre monde se poursuit au vers 4 avec la personnification « carillons qui chantent dans la brume » et qui peut être lue comme une annonce sonore de la venue de la mort sur terre. En effet, il y a ici une métaphore phonétique qui imite le bruit de la cloche par l’allitération de laconsonne vibrante [r]. De même, le mot « brume » tend à inscrire physiquement et visuellement la mort comme quelque chose de vaporeux et irrémédiablement liée à la nuit.
On retrouve par ailleurs l’évocation de la mort rattachée à la nuit au vers 10 qui fait écho au premier vers du sonnet : « Elle veut de ses chants peupler l’air froid des nuits ». La personnification contenue dans l’expression «[…]de ses chants peupler » tend à produire un effet d’humanisation de la mort et reprend l’idée de l’annonce de celle-ci par le son de manière amplifiée. En effet, « aux carillons » se substituent la cloche introduite au début du vers par le pronom personnel « elle ». En outre, le pronom personnel « elle » employé en syllepse sémantique renforce de façon très appuyée l’irruption de la mort...