Baudelaire

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  • Publié le : 9 novembre 2009
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La chevelure

O Toison, moutonnant jusque sur l'encolure!
O boucles! O parfum chargé; de nonchaloir!
Extase!Pour peupler ce soir l'alcôve obscure,
Des souvenirsdormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir!

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presquedéfunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique!
Comme d'autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour, nage sur ton parfum.

J'irai là-bas où l'arbreet l'homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l'ardeur des climats;
Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève!
Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêveDe voiles, de rameurs, de flammes et de mâts:

Un port retentissant où mon âme peut boire
A grands flots le parfum, le son et la couleur;
Où les vaisseaux, glissantdans l'or et dans la moire,
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur.

Je plongerai ma tête amoureused'ivresse
Dans ce noir océan où l'autre est enfermé;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse!
Infinis bercements du loisirembaumé!

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m'enivre ardemment dessenteurs confondues
De l'huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps!toujours!ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu'àmon désir tu ne sois jamais sourde!
N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume a longs traits le vin du souvenir?

Charles Baudelaire (1821- 1867)
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