Behaviourisme

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  • Publié le : 8 décembre 2010
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Le langage est-il naturel ?
Nicolas Journet

Depuis trente ans, psychologues et linguistes considèrent avec sérieux l'idée que le langage n'est pas un patrimoine culturel transmis de génération en génération, mais l'expression d'une aptitude naturelle de l'homme à produire une pensée organisée en phrases.
Qu'est-ce que le langage ? Linguistes, psychologues et autres spécialistes seraientsans doute d'accord pour retenir cette définition en trois points. D'abord, c'est un système fini d'unités sonores qui, en se combinant, permettent de former une infinité d'énoncés, conformément à une syntaxe, c'est-à-dire à un ordre capable d'en modifier le sens : la phrase « le chien a mordu son maître » ne dit pas la même chose que« le maître a mordu son chien », alors que les unités sonores quicomposent ces phrases peuvent être rigoureusement les mêmes.
Ensuite, c'est un système de symboles, c'est-à-dire de signes arbitrairement liés à un signifié : le mot « cageot » n'a pas de ressemblance avec l'objet qu'il désigne. Il y a des exceptions, mais elles sont minoritaires : « cocorico », « plouf », « zig-zag » sont un peu moins arbitraires que « chant du coq », « plongeon » ou « doublecourbe à 45° ». Enfin, et surtout, le langage humain n'est pas lié aux événements immédiats : il permet d'évoquer des événements réels, imaginaires, passés ou futurs. C'est ce que les philosophes appellent son caractère « intentionnel ».
Au-delà de ces trois points, la question se complique, et il est devenu quasiment impossible de l'aborder sans évoquer l'existence de deux thèses opposéesconcernant la manière dont cet outil universellement répandu sur la planète est déposé en l'homme, bref, sur sa nature intime.
Durant toute la première moitié du xxe siècle, linguistes et psychologues ont admis, dans leur grande majorité, l'idée que le langage n'était, pour un individu, autre chose que la somme des performances possibles dans la ou les langues qu'il parle, en un moment donné. Cettedéfinition rejetait l'idée que l'étude de l'histoire des langues pouvait expliquer leur fonctionnement. Elle appréhendait le langage comme un système. C'était une étape très importante de la fondation de la linguistique moderne.
Mais le structuralisme, issu des travaux de Ferdinand de Saussure, en mettant en évidence l'arbitraire du signe, insistait aussi sur la nature artificielle du langage humain :en tant qu'expression la plus achevée de la culture, le langage devait être appris de génération en génération. A la même époque, la psychologie du comportement soutenait l'idée que l'acquisition du langage se faisait comme cellle de n'importe quelle technique : par essais, erreurs et récompenses.
Bref, la conception standard du langage d'avant les années 50 soutenait qu'il s'agissait d'unfondement de la culture, expression d'une « fonction symbolique » qui pouvait s'exprimer sur d'autres registres de communication (gestuelle, musicale, etc.). Il en résultait une conception du langage relativement pauvre en ce qui concernait son soubassement universel (la fonction symbolique) et riche en ce qui concernait la diversité de ses expressions dans les langues : la tâche du linguiste était departir à la recherche des différences entre les langues.
Les années 60 ont vu apparaître une autre thèse, dont le porte-parole parmi les linguistes fut Noam Chomsky : s'appuyant sur des recherches en psychologie du développement, il affirma, dans une critique adressée en 1959 à un livre de Burrhus F. Skinner, que l'acquisition du langage ne pouvait être le résultat d'une inculcation, et devaitreposer sur une aptitude « innée » de l'être humain. A partir de là, par de multiples voies, s'est developpée l'idée que l'usage du langage, chez l'homme, repose sur une faculté mentale spécifique que, selon les spécialités, on décrira comme un ensemble de règles de syntaxe, un processeur de computations, ou un ensemble de neurones. Bref, au-delà de l'inévitable débat sur l'inné et l'acquis qui...
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