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  • Publié le : 25 novembre 2010
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Secteur réel et secteur financier chez les néoclassiques et les keynésiens Quelques considérations de principe du point de vue classico-keynésien Heinrich Bortis, Université de Fribourg / Suisse

Introduction et problème

Le traitement des relations entre secteur réel et secteur financier d’un point de vue classico-keynésien implique nécessairement une mise en opposition avec la théorienéoclassique, actuellement dominante. Afin de mieux mettre en relief nos propositions classico-keynésiens, qui impliquent naturellement la vision keynésienne des faits réels et financiers, nous allons donc les comparer avec la vue néoclassique du sujeti. Selon la théorie néoclassique, les marchés financiers sont les marchés les plus parfaits. Léon Walras considérait déjà la bourse comme le marchéidéal. En effet, l’offre et la demande d’un bien parfaitement homogène s’y trouvent réunis dans un même lieu et le commissaire-priseur peut rapidement établir l’équilibre. Dans la théorie néoclassique, la monnaie et la finance sont certes importantes, mais pas d’une importance fondamentale. Les marchés financiers sont des marchés situés au même niveau que les autres marchés. Néanmoins, le lieneffectif de la monnaie et des marchés financiers avec l’économie réelle est peu claire. Ainsi Walras, dans ses Eléments d’économie politique pure traite d’une économie d’échange réel (real exchange economy) et introduit la monnaie seulement dans la 6ème section (sur 8) pour faciliter les échanges. Cette vision des choses implique que les banques remettent tout simplement l’épargne aux investisseurs.En fait, à long terme,

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c’est l’épargne qui détermine le volume d’investissement. La loi de Say s’impose en dernière instance. Néanmoins, certains économistes néoclassiques sont conscients de l’importance de la monnaie et du crédit bancaire. C’est le cas, par exemple d’Alfred Marshall qui a ainsi élaboré une théorie monétaire de l’échange. Dans ce cadre, l’expansion ou la contractionexagérée du volume des crédits par les banques est un facteur perturbateur à l’origine des fluctuations conjoncturelles. Par exemple, des économistes néoclasssiques autrichiens sont d’avis que les crises sont déclanchées par une insuffisance de l’épargne. Ce fait impliquerait que des projets d’investissement en cours, financés par une création de crédits excessive, ne peuvent être achevés. La théoriekeynésienne (et post- et classico-keynésienne) conçoit le secteur financier d’une double manière. D’une part, la monnaie et la finance (le système bancaire et les marchés financiers) sont d’une importance fondamentale dans une économie monétaire de production. Sans secteur financier une économie moderne ne pourrait tout simplement pas fonctionner. D’autre part, le système financier peut rendre noséconomies fragiles et instables. Keynes le mentionne surtout dans le chapitre 12 de sa Théorie Générale, et nombre de post-keynésiens, particulièrement Hyman Minsky, l’ont suivi. Le biographe de Keynes, Robert Skidelsky, résume ainsi les soucis de Keynes: «Depressions arise, Keynes wrote in his Treatise on Money [1930], when money is shifted from the ‘industrial circulation’ into the ‘financialcirculation’. This emphasis Keynes placed on the function of money as a store of wealth, as an escape from commitment, was one of his original contributions to economics» (Skidelsky 1992, p. xxiv). C’est donc la thésaurisation excessive qui, selon Keynes et ses disciples, crée un problème

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pour l’économie réelle. En fait, tous les individus, ménages, entreprises, associations non-profit etEtats doivent disposer de moyens liquides pour pouvoir faire face à des imprévus ou disposer de revenus provenants d’investissements dans le secteur financier afin de pouvoir financer une partie de leurs activités. Le but de cette contribution est d’examiner au niveau des principes quelques implications de la relation entre secteur réel et secteur financier. Le point de vue néoclassique sera...
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