Bel ami

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  • Publié le : 20 février 2010
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Le personnage de roman
II - Dissertations
Mise en place du sujet :
« Quel roman que ma vie » aurait dit Napoléon à Sainte-Hélène... Le roman, en effet, pourrait reconnaître pour sien ce personnage dont l'ascension et la chute fulgurantes ont inscrit le mythe dans l'Histoire. Monde clos, dont les ficelles sont manipulées par un créateur démiurge, le roman déploie en effet des personnagesqui ne sont pas, comme nous, englués dans l'arbitraire ni voués à des hasards dérisoires. Pour Camus, l'intérêt du roman se rattache à la façon dont l'homme se sent situé et déterminé sur la terre. Les gens voudraient rester fidèles à leurs douleurs et à leurs passions, mais des "distractions" surviennent, et ils se laissent entraîner, à leur honte secrète, là où les nécessités de l'existence lesdétournent de leur monde intérieur. A cette versatilité, reflet de l'incohérence générale du monde, le roman semble opposer la fidélité à soi, la permanence. Camus donne lui-même dans L'Homme révolté des exemples de cette fabrication par le roman d'un destin cohérent où l'homme trouve une unité :
Problématique :
C'est avant tout de l'organisation du roman qu'il s'agit ici. La façon dont serencontrent les personnages, dont se conviennent les décors et les êtres, dont les évènements de la vie personnelle s'inscrivent dans les événements de la vie publique, dont s'achèvent surtout les chapitres, les existences, l'histoire elle-même, voilà ce qui constitue, à l'intérieur d'un roman, l'image du destin. Ce mot est commode pour désigner une existence dont on connaît le but, qui pourraitse résumer en un mot, mais il y a évidemment quelque chose de trompeur dans cette correction que le roman inflige à la vie, et déjà au XVIIème siècle ce "mensonge" des romans était un des griefs que l'on avait contre eux. Camus, ici, reprend indirectement cette critique en constatant que le roman ne décrit qu'une réconciliation superficielle de l'homme avec sa condition. On peut même se demander siune interprétation de l'histoire de la civilisation occidentale ne se profile pas derrière ces lignes : à l'échec de l'entreprise philosophique qui, de Descartes à l'_Encyclopédie_, a mobilisé les esprits, succéderait le triomphe du roman. La philosophie laissait entrevoir le gouffre de l'absurde : le roman vient rassurer, au prix d'une duperie.
Le libellé du sujet nous invite à adopter unedémarche dialectique : on montrera que dans le roman traditionnel, malgré tous les artifices d'arrangement qu'évoque Camus, le sentiment de l'absurde peut apparaître. On pourra souligner que le roman constitue aussi un instrument de recherche capable de libérer le lecteur au lieu de l'enfermer dans l'illusion d'un ordre.
► Le roman n'est-il propre qu'à fabriquer du "destin sur mesure" ?
Plan:I. La conception du roman que vise Camus est fondée sur une organisation concertée du destin des personnages :
la rencontre est un des grands thèmes du roman. Quoi de plus passionnant en effet que le type de méditation qu'inspire cette circonstance, qu'on la croie ou non le fruit du hasard ? Tous les romans en donnent des exemples, parce que toute existence doit à ses rencontresde s'être infléchie comme ceci plutôt que comme cela. Dans le roman, ce hasard est toujours providentiel, puisque le romancier l'a agencé selon ses desseins, dans la voie qu'il entend faire suivre à ses personnages pour aller au bout d'eux-mêmes.
la permanence des passions et des ambitions, quelles que soient l'usure et les vicissitudes du temps, est tout aussi remarquable chezles personnages de romans. Le héros peut être défini par un vice implacable (l'avarice du Père Grandet), par une passion (la musique pour le Jean-Christophe de Romain Rolland), par la fidélité à un lieu même (la maison des Trembles pour le Dominique de Fromentin). Tous ces héros sont des modèles auxquels nous cherchons à nous identifier, alors même que nos personnalités sont...
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