Bleu, gris et vert espoir - sentiments linguistiques contrastés sur la saudade (c. cusimano).pdf

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Bleu, gris et vert espoir : sentiments linguistiques contrastés sur la saudade
par

Christophe CUSIMANO
(Université de Chypre) « Saudade is a quintessential Brazilian and Western Iberian emotion concept ». FARRELL P. Il existe à propos de la saudade une aura de mystère, entretenue en premier lieu par l’absence de certitudes quant à son étymologie exacte. Sa prononciation et son accentuationsont elles aussi sujettes à caution. Du point de vue sémantique, les choses ne sont pas plus simples : la saudade se prête mal à une définition qui permette d’en pénétrer l’essence. Cependant, ne pouvant nous contenter du postulat selon lequel « les portugais sont tellement habités par le sentiment de saudade qu’ils ont renoncé à le définir » (L. EDUARDO, 1997 : 41), nous nous proposons au cours decet article d’examiner une série de discours récoltés au cours d’une enquête de terrain au Brésil, et de passages tirés d’Internet. Ceci devrait aussi nous permettre d’attester de l’importance de l’enquête par questionnaire pour appréhender ce sentiment, tout en montrant l’intérêt de compléter, dans une démarche seconde, notre approche par de ponctuels examens de corpus. Mais avant toute chose,nous voudrions formuler quelques mises en garde. 1) Mises en garde théoriques Toute entreprise d’étude du lexique, d’un de ses items en ce qui nous concerne, pourrait ou devrait sans doute s’accompagner de réserves préalables sur son statut. a) Lexicologie et lexicographie Tout d’abord, s’agit-il d’une somme d’unités existant en substance, réelles et donc scientifiquement envisageables, ou plutôtd’artefacts de linguistes ? Dans le premier cas, toute la lexicologie se trouve engagée ; dans le second, on considère traditionnellement qu’il est question de lexicographie et d’assemblage d’éléments conceptuels plus ou moins arbitraire. Si cette remarque nous semble essentielle, bien que nous ne puissions la traiter ici en profondeur, c’est que nous interroger sur des discours, suppose que nousnous inscrivions dans la première option. Nous considérons donc en quelque sorte comme postulat l’hypothèse contestable selon laquelle les lexèmes auraient une existence plus ou moins réelle dans l’esprit des locuteurs et que les dictionnaires feraient état de certaines manifestations de celles-ci. b) Le lexique entre langue et parole ? Une seconde précision théorique s’impose. Nous savons, etnous-même en avons fait l’expérience, que les locuteurs perçoivent la nécessité de recontextualiser les lexèmes lorsqu’on les questionne sur l’un d’eux, ce qui va dans le sens d’une existence psychologique 1

relative et relationnelle des unités lexicales. Ramené à la dichotomie saussurienne langue – parole, cela pose le problème délicat de la place à accorder au signe linguistique. En clair,habite-t-il seulement la langue, comme certains auteurs plus ou moins influencés par le structuralisme, comme C. TOURATIER, le pensent, ou doit-on admettre, avec F. RASTIER (1987 : 62) par exemple, que « rien ne peut être représenté en langue qui n'ait auparavant été décrit en contexte » ? Répondre à cette question n’est ni possible en quelques mots ni indispensable à notre développement. Mais en touterigueur théorique, il apparaît souhaitable d’apporter quelques éléments de réponse. À cet effet, nous voudrions revenir sur la notion de langage, à propos duquel F. DE SAUSSURE (1956 : 24) affirmait qu’« à chaque instant il implique à la fois un système établi et une évolution ; à chaque moment, il est une institution et un produit du passé » : ce système établi, de caractère nécessairement social,la langue est donc le produit de transformations façonnées par les actes de parole successifs. Ces considérations ramenées à une unité lexicale, nous pouvons donc dire qu’en quelque sorte, la langue constitue le refuge du signifié. Celui-ci est régulièrement sollicité, par des emplois spontanés et inattendus : ce trait de désorganisation par auto-génération, confère aux emplois un fort...
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