Bonheur

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  • Publié le : 2 janvier 2011
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Peut-on dire: «Tu dois donc tu peux ? »

Le commandement : « Fais ton devoir sinon gare à la sanction ! » est un ordre que subit celui à qui il s’adresse, dès lors qu’il est accompagné d’une menace extérieure, ordre qui vise à inscrire l’action dans le cadre d’une nécessité irrésistible et à supprimer sa liberté de choix de son auteur. Le pouvoir d’agir qu’implique de faire son devoir, sinonde le réussir, est alors la conséquence de la menace et de la peur qu’elle provoque et non de la capacité du sujet à s’engager volontairement à agir parce qu’il sait qu’il le doit. En ce dernier cas, en effet, le devoir qu’il s’impose à lui-même obéit à l’idée qu’il se fait de la nécessité du devoir et donc en obéissant au devoir il n’obéit qu’à lui-même, tout en sachant qu’il pourrait désobéir etrefuser de faire son devoir sans pour autant être sanctionné, sinon par sa conscience et le sentiment éventuel de culpabilité, voire de honte qu’il éprouverait en ce cas ; mais il reste libre de choisir son désir de ne pas faire son devoir auquel sa propre raison l’oblige, dès lors qu’il peut toujours se dire, pour se justifier et tenter d’échapper à sa mauvaise conscience voire à cette honte,qu’il déroge à son devoir car il ne peut agir par l’effet de ses inclinations irrésistibles C’est pour faire prendre conscience de la fragilité de cette échappatoire et rappeler qu’aucune inclination de la sensibilité ne peut être telle, sauf cas de déraison et donc de folie, qu’elle mette totalement hors jeu la pouvoir de la raison, pour résister à un désir aussi puissant soit-il, que Kant formule laproposition, non comme un constat objectif, mais comme simple appel à et rappel de la liberté morale de tout homme : « Tu dois, donc tu peux ! » ¨Etre libre c’est se croire capable d’agir selon son devoir, c’est donc d’abord se croire et se vouloir libre à l’encontre de cette mauvaise foi par laquelle celui qui agit contre l’idée qu’il se fait de son devoir pense ne pas en être capable, alors mêmequ’il est parfaitement conscient qu’il lui faut agir selon sa raison et non se soumettre à son désir.

Mais cette croyance dans le pouvoir de la raison de résister à nos inclinations naturelles, voire à la plus primaire d’entre elles celle de survivre et à la plus puissante, celle d’être heureux, est problématique : même Kant affirme que la liberté comme pouvoir de la raison sur soi-même nepeut se prouver ni par la logique, ni par l’expérience : elle est un concept métaphysique qui, en tant que tel, échappe à notre pouvoir de connaissance. Du reste, sur la question de savoir si l’homme dispose réellement de ce pouvoir de libre-arbitre sur ses désirs, rappelons que Spinoza s’oppose à Descartes, sans que l’on puisse décider qui a raison des deux. Même l’exemple du sacrifice vital dansun but altruiste, n’est pas probant : nul ne peut dire si ce sacrifice n’est pas déterminé par un désir héroïque narcissique (amour propre), ne serait-ce que pour tenter vainement de se prouver et de prouver aux autres que nous ne sommes pas des animaux mais des êtres supérieurs. ( « la liberté que tous se vantent de posséder », dit Spinoza) en tant que nous sommes libres vis-à-vis de nos tendancesspontanées toujours naturellement et socialement déterminées, en particulier celle de la vanité, passion la plus humaine car liée à la conscience de soi, selon Hobbes. Mais si la liberté c’est à dire la capacité de faire son devoir dès lors que l’on en est conscient n’est qu’une croyance et non une vérité, la formule « Tu dois, donc tu peux » peut être considérée comme exprimant un simple vœupieux sans autre effet réel, dans le cas le plus favorable où il est cru, que d’orienter le narcissisme du sujet de l’action dans un sens favorable au devoir ; ce qui, pour le coup, ferait du devoir la conséquence d’un désir manipulé par cette croyance au libre-arbitre et non une exigence morale et libre que l’on prétend qu’il est….La croyance de la liberté morale ne serait alors rien d’autre...
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