Bonheur

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  • Publié le : 21 mars 2011
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LE BONHEUR SELON EMMANUEL KANT

« Le bonheur est l’état dans le monde d’un être raisonnable pour qui,
dans toute son existence, tout va selon son désir et sa volonté »
Emmanuel Kant.

Concernant les rapports qu’entretiennent la morale et le bonheur, on peut se demander si Kant n’est pas une figure isolée de la philosophie, à la fois atypique dans la modernité et fort éloigné de l’heureusevertu des Anciens. Emmanuel Kant tient en effet à l’irréductible distinction entre vertu et bonheur, qui est pour lui définitive, ceci en raison de sa conception universelle de la morale et de la liberté.
Au premier abord, la conception kantienne du bonheur peut surtout paraître ambiguë, à tout le moins quant à ses « intentions ». Le statut du bonheur connaît en effet avec Kant unere-formulation assez inédite, en un dualisme où il est possible de déceler une sorte de justification de la religion ; celle-ci est en effet la condition exclusive de la réconciliation de la vertu et du bonheur.
Mais, d’un autre côté, l’opposition kantienne entre la vertu et la prudence a pour effet (et pour principe) l’absoluité de la liberté ; au reste, Kant refuse la vertu triste, i.e. celle qui combatle plaisir. Le bonheur chez Kant est au centre d’un conflit entre notre faculté supérieure de désirer (la raison pratique) et nos mobiles sensibles. Mais parce qu’il lutte contre la « dialectique naturelle » qui pousse l’homme à confondre les rapports du bonheur et de la vertu, Kant peut-il être hâtivement taxé de rigorisme, au moment même où il attaque la bigoterie ?
Ce qui est en question, ici,c’est la portée de l’acception kantienne du bonheur. En décalage par rapport aux autres conceptions modernes du bonheur, ne constitue-t-elle pas finalement, par sa disposition critique, le moment indispensable d’une réflexion morale moderne, qui nous libèrerait du douteux conséquentialisme téléologique ? A supposer que son exhortation à distinguer clairement bonheur et vertu ne soit pas un simplevœu pieux irréalisable, Kant peut sembler proposer une alternative aux pratiques « aliénantes » du bonheur (qu’il s’agisse de l’eudémonisme ou de l’ascétisme). Ce qui paraît résolument moderne ici, c’est que Kant sort le bonheur de la sphère morale.

C’est l’absoluité de la morale kantienne (I) qui fonde la distinction irréductible entre action libre et bonheur (II). Mais ce procès semble moinsun rigorisme qu’une possible réhabilitation moderne du bonheur (III).

I) Une conception bien particulière de la morale…
La morale kantienne, universelle, se distingue de la vertu antique
La conception kantienne du bonheur procède de sa philosophie pratique. Sans entrer précisément dans ses circonvolutions, il convient d’en rappeler quelques points fixes afin de saisir en quoi la vertukantienne diffère radicalement de la vertu antique (qu’elle soit platonicienne, aristotélicienne ou stoïque). On peut penser que la vertu entretient un rapport sinon simple, du moins direct avec le désir, si on la conçoit comme manière raisonnée de satisfaire le désir. La vertu peut se concevoir comme perfection, comme manière optimale de vivre.
On retrouve cette conception de la vertu désirable à lafois chez Aristote, chez les épicuriens, chez Spinoza ou même Descartes. Cette vertu est inséparable de la prudence, du désir de bien vivre. Même chez Hegel, la vertu civique, ou patriotique, doit être source de satisfaction.
Pour Platon, il y a certes lutte contre soi, il s’agit de s’en tenir à un principe quand on l’a jugé bon, mais cela revient au fond à renoncer à un désir pour un désirsupérieur.
Or la philosophie pratique de Kant, qui vise à établir les conditions de possibilité de la liberté de l’homme, repose sur l’absoluité des principes moraux. Pour Kant, est pratique non ce qui relève de l’action, mais ce qui relève de l’action libre : c’est la distinction qu’il établit dans les Fondements de la métaphysique des mœurs, entre le pragmatisme, qui consiste à agir de manière...
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