Boule de suif

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  • Publié le : 30 octobre 2010
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Boule de Suif: seule entre tous.
     Publiée pour la première fois dans Les Soirées de Médan en 1880, «Boule de Suif», la première nouvelle de Maupassant, obtint un succès immédiat.  Ce succès, qui persiste encore de nos jours, fut et est encore probablement dû à la richesse littéraire de l'oeuvre et à l'art avec lequel Maupassant a su écrire cette nouvelle.  Pour nous en convaincre, observonsle dénouement de «Boule de Suif».  Comment l'auteur traduit-il le comportement, les sentiments et les réactions des personnages?  Comment organise-t-il et répartit-il l'espace de son texte?  C'est à travers ces deux aspects que nous découvrirons les procédés littéraires, l'art et le style de Maupassant.
***
     Maupassant, dans sa nouvelle, et particulièrement à la fin de celle-ci, réussitde façon assez extraordinaire à traduire la psychologie de ses personnages.  Nous pouvons très facilement observer une opposition entre Boule de Suif et les autres voyageurs d'une part, puis une seconde opposition, mois évidente celle-là, entre Cornudet et les "honnêtes gens".
     Dès le début du passage étudié, Maupassant nous confronte à la solitude de Boule de Suif et insiste sur ce fait parune construction qui met en relief le pronom «personne», le plaçant non seulement en début de phrase, mais aussi en début de paragraphe: «Personne ne la regardait, ne songeait à elle.  [...]»  Boule de Suif est également rejetée et méprisée des autres, ce que l'auteur traduit de manière très éloquente lorsqu'il dit: «Elle se sentait noyée dans le mépris de ces gredins honnêtes qui l'avaientsacrifiée d'abord, rejetée ensuite, comme une chose malpropre et inutile.»  Il emploie à cet effet des images très fortes, puissantes et émouvantes.  Boule de Suif se sent «noyée dans le mépris», elle a l'impression de suffoquer sous les regards calomnieux des autres qui l'ont «sacrifiée d'abord, rejetée ensuite», c'est-à-dire qui l'ont encouragée, contre son gré, à commettre un acte qu'ils méprisentmaintenant.  Le terme «sacrifiée» porte alors tout son sens, toute la cruauté et la bassesse des gens qui ont commis le geste, donnant alors une pleine signification à l'antithèse ironique des «gredins honnêtes».  La cruauté de la comparaison de Boule de Suif à «une chose malpropre et inutile» est également renforcée par les images précédentes et donne une entière signification au nom même de laprostituée - nom qui, à l'instar du titre de l'oeuvre, la place au rang de chose.  Plus loin, une longue description des émotions de Boule de Suif, de ses pleurs, bouleverse à nouveau le lecteur par sa précision, laquelle donne plus de force à la cruauté qui s'en dégage: «[...] et sa fureur tombant soudain comme une corde trop tendue qui casse, elle se sentit prête à pleurer.  [...] et bientôt deuxgrosses larmes se détachant des yeux roulèrent lentement sur ses joues.  D'autres les suivirent plus rapides, coulant comme les gouttes d'eau qui filtrent d'une roche [...].  Elle restait droite, le regard fixe, la face rigide et pâle, espérant qu'on ne la verrait pas.»  La première comparaison traduit l'aspect aigu de la colère de Boule de Suif, laquelle émerge soudainement sous forme de pleurs. La description des «grosses larmes» qui «roulèrent» sur ses joues et de ces autres, plus rapides, qui coulaient «comme les gouttes d'eau qui filtrent d'une roche», traduisent également bien sa souffrance, qu'elle tente en vain de cacher.
     D'un autre côté, les autres voyageurs sont indifférents, voire parfois cruellement contents de ce qui arrive à Boule de Suif.  L'auteur nous le montre bienpar le haussement d'épaules du comte et le «rire muet de triomphe» de Mme Loiseau.  Nous aurions alors pu croire que les "bonnes soeurs" porteraient secours à la pauvre Boule de Suif, affamée.  Hélas, par une antiphrase ironique, l'auteur nous fait bien comprendre qu'elles ne sont pas plus charitables que les autres, agissant contre les Principes de leur propre religion: «Les deux bonnes soeurs...
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