Bourgeoisie francaise

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  • Publié le : 23 novembre 2010
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La bourgeoisie française : une classe mobilisée
Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot

La richesse s’oppose à la pauvreté dans tous les domaines et, aux extrémités de la société, il y a cumulativité des privilèges ou des handicaps. L’opulence se donne à voir, bien sûr, dans l’aisance matérielle et la valeur vénale du patrimoine, mais aussi dans les domaines scolaires, culturels, sociaux,dans la valeur symbolique de tous ces biens, matériels ou immatériels. La multidimensionnalité des patrimoines des grandes dynasties familiales de la noblesse et de la bourgeoisie constitue une base objective pour l’affirmation du groupe. Autrement dit la richesse dans ses différentes formes permet à la bourgeoisie d’être une classe en soi.
Dans une enquête, réalisée auprès de familles fortunées, deParis à Bordeaux, en passant par Deauville et Biarritz, de la région parisienne avec Maisons-Laffitte et Le Vésinet, à Monaco et Saint-Jean-Cap-Ferrat, à partir d’interviews et d’observations des cadres de l’existence quotidienne, cette pluridimensionnalité de la richesse a été mise en évidence 1. Mais, parce qu’il a une existence efficace dans bien d’autres registres que celui de la valeuréconomique des biens possédés, le patrimoine autorise aussi l’existence de la bourgeoisie et de l’aristocratie comme classe pour soi, comme classe mobilisée. La sociabilité est intense. La vie mondaine est faite de variations à l’infini sur la même trame, celle des rituels obligés et des réseaux d’interconnaissance de ceux qui appartiennent au “ grand monde ”. De plus l’existence de patrimoinesimportants à gérer et à transmettre dans les familles les plus fortunées appelle un tel niveau de formalisation, d’explicitation et de codification pour réussir cette transmission que le groupe mobilisé devient classe.

Le collectivisme des grandes familles
Le collectivisme des grandes familles se manifeste d’abord par leur concentration dans l’espace parisien. Paris est la terre d’élection de lafortune : 49 ‰ (49 pour mille) des foyers fiscaux de Paris Ouest (selon la définition de l’administration fiscale : les viie, xve et xvie arrondissements) sont assujettis à l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune) alors qu’ils ne sont que 2,6 ‰ à l’être dans la France entière. Le montant moyen de l’ISF acquitté est de 44 000 francs en moyenne nationale, mais de 72 000 francs pour les arrondissementsde l’ouest parisien. Cela signifie que la fortune a au moins en commun avec le pouvoir qu’elle sacrifie au centralisme français. Que capital rime avec capitale. Et que la rime est riche. Les fortunes, qui furent terriennes, le sont de moins en moins. Les enjeux économiques se jouent ailleurs, à la ville, dans les cités financières, dans les cercles parisiens ou les grands restaurants de lacapitale, les bureaux de La Défense ou les vieux lambris des boulevards et des avenues des beaux quartiers. La mesure complète des inégalités ne saurait faire l’impasse sur les bénéfices particuliers et rares que peut procurer le fait d’être riche au milieu des riches. Il est des promiscuités enrichissantes. La concentration de la fortune en quelques familles voisines dans l’espace facilite la gestion deces patrimoines au travers de l’accumulation de capital social qu’elle permet. Rencontres, galas, soirées mondaines, dîners, cercles, conseils d’administration : les patrimoines les plus élevés trouvent dans l’agrégation des fortunes les conditions les plus favorables à leur plein épanouissement.
Cette structuration par les mondanités de la vie grande bourgeoise est quasi quotidienne, si l’on yinclut les dîners et les thés de l’après-midi. Dans un entre-soi toujours renouvelé, les membres de la haute société fréquentent les mêmes lieux dans un chassé-croisé au rythme variable selon les saisons, l’âge ou les obligations professionnelles, mais toujours à un rythme soutenu. Cela commence avec les appartements parisiens et ces dîners qui sont le quotidien : lorsqu’on ne reçoit pas c’est...
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