Branche vii du roman de renart : renart mange son confesseur; vv. 740-844. considérations sur la conclusion de la branche.

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  • Publié le : 5 avril 2011
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Un monde régit par Fortune, entre folie et raison, excès et prudence :

Problèmes de morale.

Branche VII du Roman de Renart : Renart mange son confesseur

vv. 740-844

Considérations sur la conclusion de la branche.

Pierre Conscience
Pierre.conscience@unil.ch
079 708 24 01

Sous la direction de Marion Uhlig

Terminant la branche VII du Roman de Renart, après de longs monologuesdes protagonistes s’intégrant dans la confession de Renart, les vers 740 à 844 relatent la victoire du goupil sur Hubert le Milan. Une victoire par la ruse qui, au premier regard, semble inscrire cette branche dans les canons traditionnels de la compilation. En effet :

« Le diptyque habituel […] repose sur une logique de progression, mais aussi de compensation : à la situation difficile dugoupil réduit à la fuite répond d’abord une épreuve, la meule de foin assiégée par l’Oise, puis un renversement de situation avec l’arrivée du rapace, qui permet au goupil de donner toute la mesure de son ignominie. »[1]

Diptyque qui, d’un point de vue structurel, s’accorde donc parfaitement aux canevas généraux du RdeR, avec les variations de situations propres aux aventures du goupil.Cependant, il convient déjà de dire que Renart mange son confesseur se distingue passablement des branches antérieures, et ce d’abord par son ton à la fois moralisateur et satyrique. Moralisateur par le fait que le conteur y propose longuement[2] en préambule un code, une éthique de vie qu’il s’appliquera à prouver par le déroulement de l’action. Satyrique par l’usage extrêmement excessif de l’injure etdes propos blasphématoires d’une part, par la dérision de l’univers monastique d’autre part. De plus, nous pouvons tout de suite souligner les considérations tout à fait négatives du conteur à l’égard de la ruse du goupil, propre à la branche VII.

Dès lors, il s’agira de mettre en lumière la pensée de l’auteur de la branche et de montrer en quoi celle-ci propose une interprétation tout à faitatypique du personnage de Renart et de son art de la ruse. Dans quelle mesure cette conclusion confirme-t-elle le projet moral présenté dans le prologue de cette branche? Dit autrement, quelle interprétation donner à l’aboutissement, la réussite des plans malveillants de Renart dans la branche VII ? Et plus généralement, de quelle manière celle-ci, reprenant les shémas classiques du RdeR, fait échoà certaines branches antérieures tout en proposant une morale, une vision du monde tout à fait différente ?

Sur le plan formel et s’agissant du déroulement de l’action, ce passage peut se découper en trois parties qui posent le rythme de celle-ci. La première, allant des vers 740 à 770, nous présente Renart dans sa première tentative de piéger Hubert en simulant une perte de conscience,tentative qui échoue. La deuxième (v. 771-798) consiste en un monologue de Hubert au cours duquel il dénonce l’ « engin », la ruse de Renart à laquelle il a failli succomber, pour finir par l’engager dans la poursuite de sa confession, si « mal […] bailli » qu’il soit. Enfin, dans la troisième partie (v. 799 à la fin), Renart déploie tout son art et, suite à l’aveu de l’assassinat des quatre enfantsd’Hubert, lui propose un baiser de réconciliation, réel baiser de Judas qui signera la perte du milan.

Cela fait, nous pourrions donc postuler que cette conclusion s’inscrit parfaitement dans la lignée du RdeR, avec la ruse du goupil - exprimée dès les premiers vers par la rime des termes « parole » et « escofle » - comme source d’humour, voire de fascination.

Mais là n’est en aucun cas le projetdu conteur et, pour l’illustrer, il convient de revenir sur les premiers vers de la br. VII. Renart y est présenté comme « devez  Eft qui ovre contre nature»[3] - que le conteur oppose par la rime à la « droiture » - et ce « car son deable le demeine »[4]. Or, ce « deable », c’est la folie – thème d’ouverture de la branche – qui contamine le monde et qui, dans notre passage, est rappelée par...
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