Brasilia

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BRASILIA, DE LA VILLE DES SERVICES A LA METROPOLE TERTIAIRE

Laurent Vidal
Maître de conférences
SEAMAN – Espace Nouveaux Mondes
Université de La Rochelle

Ce 21 avril 1960, la vie semble arrêtée à Rio de Janeiro. Le président de la république, le gouvernement au grand complet, les diplomates en poste au Brésil, ainsi qu’une foule de curieux sont réunis à plus de 1000 kilomètres de lacidade maravilhosa. En ce jour ensoleillé, se déroule la cérémonie d’inauguration de la nouvelle capitale du Brésil : Brasília. Alors qu’en 1957, on faisait venir les indiens Carajás pour assister à la première messe de Brasília, ce sont cette fois d’autres dignitaires qui sont conviés et convoyés par avions spéciaux, et qui s’apprêtent à endosser leur tenue de soirée pour le grand bal présidentielprévu le soir. Etonnantes scènes que ces défilés d’ouvriers, de militaires et de hauts-fonctionnaires sur la terre rouge du Planalto central du Brésil, entre des bâtiments officiels à peine achevés, comme éparpillés sur un scène trop grande pour eux !

Lorsque le président Kubitschek décide en 1957 du transfert de la capitale, c’est officiellement pour donner forme à un dispositif constitutionneldatant de 1891 et auquel la nouvelle République de 1946 avait fini par s’identifier. Ce geste est aussi l’accomplissement d’un rêve un peu fou caressé par de nombreux Brésiliens depuis le début du XIXe siècle : déplacer la capitale du littoral vers l’intérieur du pays, en son cœur mythique où prennent naissance les trois grands bassins hydrographiques du Brésil et où certains cartographes portugaisdu XVIe siècle plaçaient le Lago Dourado. C’est enfin le symbole d’un programme politique ambitieux : assurer au Brésil “ 50 ans de progrès en 5 ans de gouvernement ”. Brasília est alors présenté comme le témoin du passage d’un Brésil colonial vers un Brésil moderne, et de la ferme volonté du Brésil d’assumer son histoire et de prendre en main son avenir.

Le projet de Lúcio Costa - pèrespirituel de l’architecture moderne au Brésil, l’homme qui a invité Le Corbusier au Brésil en 1937 - est retenu au terme d’un concours auquel ont participé les plus grands architectes du pays. Comment décrire formes élancées et résolument modernes projetées par Lúcio Costa ? Comment décrire cette ville articulée autour de deux immenses axes de 6 et 12 kilomètres chacun ? Oiseau aux ailes dépliées,avion au superbe fuselage, ou symbole moderne de la croix ? “Le plan est né du geste premier de celui qui désigne un site ou en prend possession : deux axes se croisant à angle droit, soit le signe de la croix lui-même (…). Il s’agit là d’un acte délibéré de possession, d’une sorte de défrichement relevant de la tradition coloniale.”, nous dit Costa. Deux ambitions marquent la démarche de l’auteur duPlan pilote de Brasília. Une ambition politique tout d’abord : la ville à naître “ ne doit pas être simplement urbs, mais civitas ”, explique Costa, c’est-à-dire imbue d’une dignité politique, à la hauteur des espérances d’une grande démocratie. L’axe monumental se présente, dans le projet de l’urbaniste, comme une vaste scène le long de laquelle seront disposés les bâtiments du pouvoir, et dontle plateau central sera la place des trois pouvoirs où sont disposés en un triangle équilatéral les bâtiments du pouvoir législatif (le sommet du triangle), puis exécutif et judiciaire. La deuxième intention est d’ordre social. Costa, nourri des thèses de la Charte d’Athènes, part de l’hypothèse que les formes urbaines peuvent façonner les relations sociales, et améliorer la vie de chaque individu.Il dessine de part et d’autre de l’axe résidentiel d’immenses unités d’habitations (les superquadras) composées de plusieurs barres d’immeubles, prévues pour abriter diverses couches sociales et disposer d’une grande autonomie (accès aux commerces d’alimentation, école, église, clubs de loisirs). En l’absence délibérée de rues, la superquadra est le lieu privilégié de la sociabilité. Les...
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