Brindusa grigoriu

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 18 (4434 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 2 janvier 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
La légende de Tristan et Yseult, qui remonte au XIIème siècle français, est bâtie, paradoxalement, sur des Romans de Tristan dont Yseult semble essentiellement absente, ou plutôt refoulée à l’arrière-plan – et cela, en plein âge de la cortezia.
Le présent essai se propose de réfléchir sur la singularité de la position d’Yseult la Blonde à l’intérieur du couple, sur la fonction symbolique etpragmatique du personnage, sur la possibilité de reconsidérer les motifs légendaires de sa perspective à Elle. S’appuyant sur une analyse d’inspiration pragmatique du Tristan de Béroul, l’étude suit la relation tristanienne depuis le stade du rendez-vous épié jusqu’à celui de l'exécution de l’intrus.
A l’intérieur d’un Nous dont l’unité est constamment remise en question, la situation d’Yseult estanalysée dans ses rapports complexes avec les deux hommes qu’elle appelle sire. Bien que l’on ne puisse conclure à l’existence d’un Roman d’Yseult en filigrane, on se propose de déclencher, sous ce jour autre, une relecture désabusée, voire démystifiante de la version de Béroul.
Yseult la Blonde dans un Roman de Tristan
La version de Béroul
Si la légende porte bien son titre –de Tristan etYseult-, honorant la mémoire (partielle et partiale) d’un couple à jamais un, les romans tristaniens, en revanche, ne content que de Tristan, comme si Yseult n’était qu’un catalyseur des pulsions de mort que le sombre héros recelait avant toute chose. Avant Yseult aussi.
Cette vision apriorique voudrait que le Thanatos éclot en toute sa nocturne splendeur grâce à(ou en dépit de) la présence d’unecertaine jeune femme dont le trait distinctif- dans toutes les versions connues- fut de posséder des cheveux d’or. D’où toute une mythologie androgynique retrouvée, toute une poésie de l’union des contraires.
En fait, les romans primitifs de Tristan relatent une estoi re légèrement différente : si magnétisme il y a, il fonctionne dans le sens de la répulsion autant que dans celui de l’attraction.Après une période quelconque de vie en commun, les différences de potentiel s’effacent, l’unité étant accomplie de manière paradoxale puisque dissolvante: les amants finissent par agir exactement de la même façon, mais chacun à part soi, pour soi, implicitement contre l’Autre. La forêt du Morois cesse d’abriter les actes- vécus ou rêvés- du Nous, pour se prêter aux rêveries du
Moi. Il est donclégitime de se demander si l’on peut encore parler d’amour au-delà des effets du philtre, une fois que la perspective devient essentiellement immanente (puisque la transcendance innommée, relevant de la magie, la prédestination ou simplement de la volonté de quelque dieu, cesse de se manifester).

En outre, il pourrait être tout aussi intéressant d’explorer les avatars de ce Nous légendaire tel qu’il sedéfinit dans la vision d’Yseult ; ce serait peut-être donner une réponse à la question de la thématique des Romans- centrée sur le couple ou bien sur la position du héros face à la femme « fatale » ? Ou plutôt …sur les deux, simultanément, puisque la variante du tiers inclus est digne, elle aussi, d’intérêt.
Pour mieux cerner cette problématique, on s’est proposé d’explorer une seule version dela légende, dans une analyse sans a priori théorique, donnant libre cours à un dialogue virtuel avec l’univers fictionnel du texte de Béroul datant du XIIème siècle français.

Dans cette variante, réputée la plus ancienne, ce Nous, lorsqu’il existe, est le plus souvent exprimable à la troisième personne, s’identifiant à un Eux apparemment unitaire et plutôt répétitif : on constate assez souventla redondance des manifestations standard de tout amour interdit, qu’il soit décliné au féminin ou au masculin.

Dans ce type de situation, le Moi d’Yseut ne fait que se laisser assimiler à un Nous se refusant à la parole directe, à tout discours rapporté ou rapportable. C’est un peu comme si les personnes, se fondant dans la non- personne, n’avaient plus besoin d’être dans et par le...
tracking img