Brise marine - mallarme

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  • Publié le : 30 décembre 2010
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Commentaire de texte Brise Marine, Stéphane Mallarmé

« Nommer un objet, c’est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème qui est faite du bonheur de deviner peu à peu; le suggérer, voilà le rêve. » affirma Stéphane Mallarmé. En effet, ce dernier étant le chef de file du mouvement symboliste avec Baudelaire et Rimbaud, il se plait à dire implicitement ce qu'il cherche à exprimer. Sonécriture, pouvant amener à l'hermétisme, traite particulièrement son désir de fuir l'existence ordinaire et monotone qu'il vit.
Nous étudierons ici comment, dans son poème Brise Marine, écrit en 1865, il tente de soigner ce spleen présent en lui. Nous développerons dans une première partie, l'ennui de son quotidien et son refus de tout lien, dans une seconde, son voyage vers une libertégéographiquement indéterminée puis, dans une troisième, les risques que cela comporte et la vanité de son projet, pour finir sur l'utilité de la poésie comme échappatoire.

Le poète évoque, dès le premier vers, son profond ennui de l'être humain, d'un point de vue d'abord physique, par la personnification « la chair est triste » qui exprime que même l'amour n'a plus d'attrait pour lui, et d'un point devue intellectuel ensuite, grâce à la formule hyperbolique « j'ai lu tous les livres » qui met en avant le fait que son esprit se lasse et que même la littérature ne peut plus rien lui apporter de nouveau et de captivant, ce qui est dérangeant pour un homme de lettres. Entre ces deux aspects de l'Homme, Mallarmé utilise l'interjection « hélas! » pour renforcer l'idée de découragement. L'expression« ce cœur qui dans la mer se trempe » montre que l'encrier du poète est la mer, qu'il y puise son inspiration et non pas dans le quotidien. De plus, l'auteur utilise un présent de vérité générale « est » et un rythme classique en coupant les vers à la sixième syllabe ce qui met l'accent sur la monotonie à laquelle il est contraint et la lassitude qu'il ressent à son égard. Le passé composé « j'ailu » renvoie à l'aspect accompli des choses, il a déjà tout fait, il n'y a plus de surprises dans sa vie.
Par la suite, l'écrivain insiste sur son côté antisocial, marginal, propre aux « poètes maudits ». En effet, dans les vers 4 à 8, il se répond personnellement aux objections qu'il pourrait se faire à l'aide d'un triple tour négatif: « rien » « ne » peut le retenir, « ni les vieux jardins »faisant référence à ses souvenirs, ni le travail qu'il fourni chez lui la nuit. « Ô nuits » est une apostrophe pathétique, exprimant la douleur du poète, où le pluriel de « nuits » met en lumière le temps inutilement écoulé sur le « vide papier » ainsi que l'angoisse de la page blanche à l'aide de l'expression « que la blancheur défend ». L'adjectif « désert » met en valeur l'idée de solitudeautant éprouvée que recherchée par Mallarmé. Il dit en effet que même « la jeune femme allaitant son enfant » ne le retiendra pas. Dans cette phrase, il parle de sa propre compagne, Marie, attendant sa fille Geneviève. Il refuse donc lui-même les liens familiaux.

Pour quitter cet univers connu qui ne lui apporte plus aucune satisfaction, l'auteur crée dans ce texte un appel au voyage, à la fuite.Par opposition au premier vers, le deuxième claque comme un cri de désespoir: l'anaphore du verbe « fuir » suivi des points d'exclamation ainsi que l'irrégularité soudaine des mesures appuient sur l'aspect impérieux de ce besoin d'ailleurs. Le rythme croissant montre également l'emportement du poète. Il utilise aussi le verbe « je sens » qui traduit ses sensations, ses sentiments: il est dominépar son émotion. De plus, le rejet « Fuir! Là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres / d'être parmi l'écume... » renforce l'impression de mouvement et d'envol ressentie. Dans ce vers également, Mallarmé partage l'ivresse des « oiseaux », il plane avec eux, ce qui lui permet d'échapper à la norme.
Pourtant, même si l'envie de partir est pressante, c'est pour partir vers un ailleurs...
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