Brutus

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  • Publié le : 22 novembre 2011
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BRUTUS, Cicéron

Regrets sur la mort d’Hortensius

[1] 1. - A mon retour de Cilicie, je m'arrêtai à Rhodes, et là, j'appris la mort d'Hortensius : cette nouvelle me causa plus de chagrin qu'on ne l'a cru. En effet par la perte de cet ami, je me voyais privé d'une liaison pleine de charme et d'un continuel échange de bons procédés; et puis, la mort d'un augure de cette qualité diminuantl'autorité de notre collège, j'en étais très affecté, et, à ce propos, je me rappelais que c'était lui qui m'y avait fait entrer, en jurant que je méritais d'y être admis; il m'avait lui-même consacré, ce qui, d'après le règlement des augures, m'obligeait à le révérer comme un père. Ce qui augmentait encore ma peine, c'était la pensée que, dans la pénurie où nous sommes de citoyens sages et vertueux, unhomme éminent, dont toutes les idées s'accordaient avec les miennes, disparaissait à l'heure la plus défavorable pour l'État et nous laissait le triste regret de son autorité et de sa sagesse. Enfin j'étais affligé d'avoir perdu, non pas, comme on le croyait généralement, un adversaire dénigrant ma gloire, mais plutôt un associé, ayant sa part des beaux travaux qui sont les miens. Si l'étude desarts de moindre importance nous apprend que de grands poètes ont déploré la mort de poètes leurs contemporains, quels sentiments a bien pu m'inspirer, à moi, la mort d'un homme qu'il était plus glorieux d'avoir à combattre que de ne point avoir d'adversaire, alors surtout que, non seulement il n'a jamais entravé ma carrière, ni moi la sienne, mais qu'au contraire, nous nous sommes toujours aidésen nous prodiguant l'un à l'autre les conseils et les témoignages d'intérêt ! En fait, Hortensius a joui d'un bonheur ininterrompu : il a quitté la vie au bon moment, pour lui du moins, sinon pour ses concitoyens; il est mort à une heure où il lui eût été plus facile de pleurer sur la république, s'il avait survécu, que de lui venir en aide; il a vécu aussi longtemps qu'on a pu, à Rome, mener sansdommage une vie honorable. Dès lors, devant l'inévitable, - pleurons sur le préjudice, sur la perte que nous cause sa mort, mais, au lieu de le plaindre, lui, félicitons-le d'être parti à propos; ainsi, chaque fois que nous penserons à cet homme, à la fois si célèbre et si fortuné, montrons que nous l'aimons pour lui, et non pour nous. Si nous nous affligeons de ne plus pouvoir compter sur lui,c'est là un chagrin qui nous regarde et nous devons le supporter avec modération, pour ne pas nous donner l'air de songer moins à notre affection qu'à notre intérêt. Si au contraire notre chagrin vient de la pensée qu'il lui est arrivé quelque chose de fâcheux, alors nous n'apprécions pas avec une reconnaissance suffisante la félicité souveraine qui a été la sienne.

[1] I. (1) Cum e Ciliciadecedens Rhodum uenissem et eo mihi de Q- Hortensi morte esset adlatum, opinione omnium maiorem animo cepi dolorem. nam et amico amisso cum consuetudine iucunda tum multorum officiorum coniunctione me priuatum uidebam et interitu talis auguris dignitatem nostri conlegi deminutam dolebam; qua in cogitatione et cooptatum me ab eo in conlegium recordabar, in quo iuratus iudicium dignitatis meae fecerat,et inauguratum ab eodem; ex quo augurum institutis in parentis eum loco colere debebam. (2) Augebat etiam molestiam, quod magna sapientium ciuium bonorumque penuria uir egregius coniunctissimusque mecum consiliorum omnium societate alienissimo rei publicae tempore exstinctus et auctoritatis et prudentiae suae triste nobis desiderium reliquerat; dolebamque quod non, ut plerique putabant,aduersarium aut obtrectatorem laudum mearum sed socium potius et consortem gloriosi laboris amiseram. (3) Etenim si in leuiorum artium studio memoriae proditum est poetas nobilis poetarum aequalium morte doluisse, quo tandem animo eius interitum ferre debui, cum quo certare erat gloriosius quam omnino aduersarium non habere? cum praesertim non modo numquam sit aut illius a me cursus impeditus aut ab illo...
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