Cabaret vert

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  • Publié le : 7 décembre 2009
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Ce sonnet daté d’octobre 1870 trouve sans doute son inspiration dans un épisode vécu : la fugue qui, à l’automne de cette année-là, conduit le jeune Arthur Rimbaud de Charleville à Douai en passant par la Belgique. On pourrait le définir comme un « poème de route », qui conserve le souvenir d’une halte dans une auberge. Il évoque un moment de bien-être où quelques plaisirs simples suffisent àdonner le sentiment du bonheur.



UN POÈME DE ROUTE

On remarque d’emblée la prolifération des indices spatio-temporels : Le poème est daté : « octobre 70 ». Le texte précise que l’anecdote s’est déroulée huit jours après le départ du voyageur (v1 : « Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines / Aux cailloux des chemins »). Et nous savons que cela se situe en Belgique, plusprécisément à l’entrée de Charleroi (v.2). Rimbaud précise dés le titre le nom du lieu (« Au Cabaret-Vert ») qu’il répètera dans le poème au v.3 ; il l’accompagne de la mention : « cinq heures du soir » qui peut désigner à la fois le moment de l’événement et le moment de l’écriture. Si l’on retient cette deuxième interprétation, le poème apparaît dès le titre comme une note de voyage, prise sur levif, une page d’un journal de bord où le voyageur note ses impressions en consignant avec soin le lieu et l’heure.

La multiplication de ces références cherche à produire sur le lecteur un effet de réel. La poésie de Rimbaud se présente ouvertement ici comme un reflet de sa vie. Le poème est le souvenir d’un voyage à pied, réellement effectué, dont on nous précise de façon réalistele moment et le lieu. La présence de la première personne renforce encore cet aspect autobiographique. Par ailleurs, le récit qui nous est fait concorde avec ce que nous savons des fugues effectuées par Rimbaud pendant l’été et l’automne 1870.

Le style d’écriture du poème renforce cet effet de réalisme par une recherche évidente de prosaïsme. Comme pour mieux donner au sonnet uneallure de note de voyage griffonnée à la hâte sur un coin de carnet, la versification se présente passablement décousue : six enjambements (v.1,3,5,6,12,13) ; trois rejets (v.4,6,13) ; un contre-rejet (v.13) ; alexandrins rendus systématiquement dissymétriques par des césures* à l’hémistiche peu marquées en comparaison avec des coupes secondaires fortes (on peut même noter un alexandrin boiteux,v.11, dont la régularité est conditionnée par une improbable diérèse). Ajoutons à cela un trait de syntaxe proche de la langue orale (phrase entre parenthèse du vers 9), un vocabulaire courant, voire familier (« ce fut adorable » ; « celle-là » ; « tétons énormes » … ). Enfin, le sonnet ne respecte pas la plupart des règles du genre : les rimes des quatrains sont croisées au lieu d’être embrassées,différentes d’une strophe à l’autre au lieu d’être semblables, la phrase du deuxième quatrain enjambe sur le premier tercet alors que le point est traditionnel en fin de quatrains.



Rimbaud a donc souligné l’inspiration autobiographique du texte en utilisant un mode de communication naturel et direct. Ce prosaïsme délibéré se retrouve dans l’image qui nous est donnée du bonheur.UN MOMENT DE BIEN-ÊTRE

Tout participe au bien-être du narrateur : le décor de l'auberge, la nourriture appétissante, la serveuse aguichante.
La couleur verte fait de ce petit restaurant de Charleroi un cadre reposant. Pour caractériser l'auberge, Rimbaud répète trois fois l'adjectif de couleur : dans le titre indiquant l'enseigne de l'établissement"Au cabaret-vert", au vers 3 où ce nom est répété, au vers 6 où il est mis en valeur par le rejet : « Bienheureux, j’allongeai les jambes sous la table/verte ». Car l'aubergiste a eu sans doute le bon goût de peindre toutes ses tables dans la couleur verte afin de créer une unité d'atmosphère. Le narrateur apprécie aussi "les sujets très naïfs / de la tapisserie" et le "plat colorié" où sa...
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