calculer est-ce penser?

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  • Publié le : 23 avril 2014
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On considère habituellement qu’une calculatrice, voire un ordinateur, est capable de calculer mais non de penser. Si ces outils ont des performances dont les esprits les plus pénétrants semblent incapables, il n’en reste pas moins vrai que réfléchir n’apparaît pas comme une de leur possibilité.
Toutefois, si on essaye de préciser quelles différences il y aurait entre calculer et penser,l’embarras est grand. En effet, si penser c’est raisonner, la différence avec calculer n’apparaît pas immédiatement. Ne dit-on pas de quelqu’un qu’il n’a pas assez réfléchi ou qu’il n’a pas bien calculé ? Dès lors, la réflexion n’est-elle pas un caractère tout à fait secondaire de la pensée qui serait fondamentalement un calcul ?
Aussi peut-on se demander si penser et calculer ne sont pas une seule et mêmechose.

On sait que le latin ratio d’où vient raison veut aussi dire calcul. Il en est de même du grec logos. Aussi semble-t-il y avoir une affinité entre penser et calculer, voire une identité que masque le fait que le calcul s’entend surtout du domaine des quantités alors que la pensée semble relative à la qualité.
En effet, calculer, comme le montrent les opérations élémentaires que sontl’addition et la soustraction, implique de manipuler des nombres en fonction de certaines règles. Celles-ci peuvent faire l’objet de démonstrations, qui ne sont rien d’autre que des manipulations de notions plus fondamentales et de règles plus fondamentales. Par exemple, 3 + 1 = 1 + 3. Il est possible de démontrer que l’addition est commutative, c’est-à-dire que quels que soient les nombres a et b, a+ b = b + a.
Lorsqu’on raisonne sur autre chose que des nombres, on utilise bien également des règles, à savoir celles de la logique qui peuvent également faire preuve de démonstrations comme les théorèmes des mathématiques. Mieux, la logique elle-même peut être mathématisée, comme Leibniz (1646-1716) en avait caressé le projet, et comme les mathématiciens l’ont fait à partir du xix° siècle. Parexemple, le syllogisme aristotélicien peut être traduit mathématiquement avec les notions d’ensemble, d’inclusion, d’appartenance d’un élément à un ensemble et la relation d’équivalence.
C’est pourquoi, la pensée la plus ordinaire peut être considérée comme un calcul appliqué aux cas particuliers. L’amoureux ou l’amoureuse qui escompte obtenir les faveurs de son aimé(e) ne va-t-il pas calculerses chances de succès en tenant compte de certains indices. Il n’est pas jusqu’aux probabilités qui permettent de calculer des possibilités aléatoires et dont les hommes ont usé indistinctement jusqu’à ce que Pascal (1623-1662) notamment en commence l’étude.
Dès lors, on pourrait aller jusqu’à considérer que penser ou raisonner n’est rien d’autre que calculer comme Hobbes (1588-1679) l’a soutenuau chapitre V de son Léviathan (1651). En effet, l’utilisation des signes qui nous servent à parler, écrire ou penser peut être conçu grâce aux opérations de l’addition, de la soustraction, etc. Qu’est-ce que distinguer l’homme de l’animal, sinon faire une soustraction ? D’ailleurs, les connecteurs logiques, conjonction (et), disjonction (ou), etc. peuvent être représentés comme de l’ordre desopérations arithmétiques. Lorsque je me représente «Pierre et Paul », qu’est-ce sinon une addition.
De ce point de vue, qu’il soit possible de fabriquer des machines à calculer – c’est Pascal qui a conçu la première – fournit un modèle pour comprendre le fonctionnement de l’“esprit” humain. Par modèle, il faut entendre la représentation d’un phénomène par un autre qui présente une certaine analogieentre eux. Par exemple, un planisphère est un modèle de la Terre. Aussi un modèle n’est-il pas absolument identique à ce qu’il modélise. Il est clair que les machines à calculer que l’homme construit ne sont pas capables de toutes les performances de la “pensée” et qu’elles sont capables de performances qui lui sont inaccessibles, par exemple de conservation de documents. Cependant, cela ne...
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