Caligula, albert camus

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  • Publié le : 11 janvier 2010
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PREFACE

La carrière d'écrivain de Camus commence et s'achève par le théâtre. En 1936, âgé de vingt-trois ans, il fonde une troupe d'amateurs, le Théâtre du Travail (plus tard rebaptisé Théâtre de l'Équipe) et collabore avec trois amis à la composition d'une pièce intitulée Révolte dans les Asturies. En 1959, quelques mois avant de mourir, il adapte pour la scène Les Possédés, deDostoïevski. Célébrer collectivement une insurrection ouvrière correspondait à l'idéal communiste qui l'anima pendant une brève période de sa jeunesse. À l'époque où il adapte Les Possédés, il dirige seul l'entreprise, croyant au « spectacle total, conçu, inspiré et dirigé par le même esprit, écrit et mis en scène par le même hommel »; à ses yeux, en effet, adapter une œuvre au théâtre, c'est encorel'écrire. Parce qu'il ne cessa de s'engager en faveur de la scène, voyant dans le théâtre « le plus haut des genres littéraires et en tout cas le plus universel2 », son œuvre théâtrale mérite pour le moins autant d'attention que ses romans ou ses essais. D'où vient donc qu'on n'en peut parler sans donner
© Éditions Gallimard, 1958, pour Caligula, 1993, pour la préface et le dossier. 1. « Pourquoi je faisdu théâtre » (1959), in Tkéâtre, récits, nouvelles, Pléiade, p. 1727. 2. Ibid., p. 1726.

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l'impression de plaider? Composées par un homme de métier, les pièces de Camus devraient être appréciées d'abord comme des performances théâtrales. C'est particulièrement vrai de Caligula, qu'il écrit à partir de 1938 avec l'intention d'y interpréter le rôle principal,qu'il remanie pendant la guerre, retouche après les premières représentations de 1945, puis à nouveau en 1957 et 1958, en fonction des nouvelles circonstances de sa représentation. « Pièce d'acteur et de metteur en scène », affirme-t-il, avant de s'étonner: «Je cherche en vain la philosophie dans ces quatre actes1. » D'autres l'y ont trouvée pour lui. Camus lui-même leur avait fourni des arguments :dans un compte rendu de La Nausée, de Sartre (1938), il avait affirmé, d'une formule qui n'était pas sans risques, qu' « un roman n'est jamais qu'une philosophie mise en images ». Et si on appliquait la même définition au théâtre ? Dans Le Mythe de Sisyphe (1942), il précisera heureusement sa pensée en'opposant les «grands romanciers», ou « romanciers philosophes », aux « écrivains à thèse » :ces derniers transposent dans leur œuvre, telle quelle, une « pensée satisfaite », au contraire des écrivains philosophes qui utilisent leurs propres personnages et leurs propres symboles pour approfondir une pensée personnelle, toujours en recherche. Caligula offre un message assez ambigu pour qu'on lui épargne la vilaine étiquette de « pièce à thèse » ; mais ne peuton y voir, sans faire offenseà la qualité du spectacle, une « pièce philosophique » ? « Chez certains écrivains, déclare encore Camus, il me semble que leurs œuvres forment un tout où chacune s'éclaire par les autres, et où toutes se regardent2. » Chez lui, précisément, au sein du « cycle de l'absurde », qui
1. « Préface à l'édition américaine du Théâtre » (1958), ibid., p. 1729-1730. 2. Actuelles II, in Essais, Pléiade, p.743.

dure jusque pendant la première moitié de la guerre avant de s'effacer devant le « cycle de la révolte », romans, pièces et essais s'éclairent mutuellement À lire ses Carnets, on a le sentiment qu'ils forment un tout.

Sources historiques de Caligula

Marcel Arland avait déjà, dans La Route obscure (1924), fait d'un empereur romain, Héliogabale, un symbole de la révolte contre lacondition humainel. Grâce aux Vies des Douze Césars, de Suétone, Henry de Montherlant se découvre des affinités avec d'autres figures impériales; il les exprimera en 1927, dans Aux fontaines du désir : « Lorsque, petit garçon, je lisais et relisais les Douze Césars, j'y mettais trop de passion pour n'être pas averti que les fils les plus secrets du tempérament me liaient à ces hommes-là. Leurs...
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