Camus et le lyrisme

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  • Publié le : 14 avril 2011
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Après l'ouverture du colloque et les diverses interventions relatées dans le précédent Bulletin (juillet 1996, p.47), la première séance est présidée par Jacqueline Lévi-Valensi, et Hervé Ferrage donne la première communication du colloque, qu'il intitule "Le lyrisme et l'histoire".
Pour mettre en perspective le versant lyrique de l'œuvre de Camus, Hervé Ferrage étudie les rapports conflictuelsentre lyrisme et histoire. Le terme "lyrisme" au sens d'élévation, emportement, apparaît dans le premier tiers du XIX° siècle. Il prétend à l'universel; l'intime devient alors modèle de l'infini; l'unité est soit reconquise, soit espérée.
En France, les premiers Romantiques, avec Hugo, revendiquent l'alliance du lyrisme et de l'Histoire: le poète devient l'éclaireur d'un monde nouveau, il doit,dans le présent, dégager les forces d'avenir.
Avec Baudelaire et ses Petits poèmes en prose, la poésie se fraie un chemin à travers le réel urbain. Puis la période devient plus complexe. On fait grief à Mallarmé et à Rimbaud d'avoir sacralisé l'écriture poétique. Camus, dans L'Homme révolté, en dénoncera les dérives formalistes. Le surréalisme prolonge l'aventure de Rimbaud. Après la premièreguerre mondiale, la réalité historique devient criminelle.
Noces refuse la poésie. Camus est en-deça ou au-delà du langage lyrique.

En l'absence de Paul Viallaneix, Marie-Louise Audin a accepté de prendre la parole de manière impromptue. Son improvisation sera remarquable.
Pour elle, le lyrisme est la traduction de l'émotion, d'une subjectivité. JE et le présent en sont la marque. Noces est écritau présent.
Dans Le Mythe de Sisyphe, Camus donne deux définitions du lyrisme. Il oppose La Palisse (1) à Don Quichotte et parle, dans "La liberté absurde", du lyrisme des formes et des couleurs. Il s'agit d'un lyrisme analogique, métaphorisé. Ainsi Camus utilise-t-il systématiquement l'image pour dire autre chose que l'émotion à l'état brut.
De Noces se dégage un érotisme brûlant qui gardetoutefois, grâce à l'image, une certaine pudeur. Les éléments de la nature se marient entre eux pour dire que la mort n'existe pas; l'homme se donne tout entier à la vie. Le lyrisme, chez Camus, répond à un élan vital qu'il transcende et approfondit dans une éthique. Il détruit une peur à la fois physique et spirituelle de la mort. L'appel au lyrisme lui permet de résister à la tentation du suicide.Dans L'Étranger, le meurtre de l'Arabe, écrit dans un style lyrique et métaphorique, permet à Camus de tenir le lecteur en laisse: le passage ne contient pas moins de 45 images en 20 lignes. "Le Renégat", enfin, est basé sur une série d'oxymores.
(1) Camus orthographie ainsi, de manière fautive, le nom de La Palice, sans doute par analogie avec le substantif "lapalissade".

Raymond Gay-Crosierpréside la séance suivante et y cède la parole à Marie-Laure Leroy-Bédier pour laquelle le lyrisme camusien réside essentiellement dans l'écoute du monde et l'adhésion de l'écrivain à la musique, ce qui permet à l'auteur de "La Femme adultère" d'en retrouver la source grecque originelle.
Camus rejette tous les principes du romantisme: "poses" des poètes maudits, épanchement sentimental, clichés,pittoresque. Au terme de "lyrisme", absent de Noces, il préfère celui de "poésie". Il privilégie l'harmonie du monde et les "noces" de l'homme avec la nature. Le "Je" s'inscrit dans le texte, mais comme en retrait. Le monde prévaut et l'euphorie qu'il inspire tient à l'adhésion, à l' "harmonie ancienne".
Le lexique de Noces montre l'organisation musicale du monde. Des thèmes récurrentsparcourent l'œuvre: fleurs, pierres, lumière et chaleur que Retour à Tipasa ressaisira dans le souvenir.
Les soulèvements du rythme signent le lyrisme camusien: aux balancements binaires, oscillations d'un double rapport au monde, succède l'ampleur du développement ternaire. Pour M.-L. Leroy-Bédier, la poétique camusienne réinvente les sources grecques.

Christiane Achour, dans une communication...
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