Camus

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  • Publié le : 24 mai 2011
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DISSERTATION DE LETTRES

« Aucun artiste ne tolère le réel, dit Nietzsche. Il est vrai ; mais aucun artiste ne peut se passer du réel. La création est exigence d’unité et refus du monde. Mais elle refuse le monde à cause de ce qui lui manque et au nom de ce que, parfois, il est. La révolte se laisse observer ici, hors de l’histoire, à l’état pur, dans sa complication primitive » L’HommeRévolté |

« La politique est une pierre attachée au cou de la littérature » déclare Stendhal dans le Rouge et le Noir. La force de cette idée de l’attachement nous invite à nous interroger sur le lien qui unit la littérature et la politique, politique au sens de toute chose entrant en rapport avec la vie de la cité, et donc avec la vie et le réel en général. La « pierre » énonce l’idée d’un fardeau,mais l’attachement évoque lui une relation presque inaliénable entre les deux termes de l’expression. A cette interrogation Camus propose une réponse qu’il exprime dans l’Homme Révolté et qui prend forme dans l’ensemble de son œuvre. Au début de la section « Révolte et Art », il admet pour vraie l’idée nietzschéenne selon laquelle « aucun artiste ne tolère le réel », tout en la nuançant par lasuite, annonçant que la création est à la fois « exigence d’unité et refus du monde », c'est-à-dire que le créateur refuse certains aspects du réel tout en en conservant nécessairement quelques uns, et que la création propose un nouveau monde qui n’est plus incohérent mais unifié. Cette unification qui « manque » au monde, Camus l’apparente à une révolte, qui malgré son inscription dans le réel n’estpas historique mais artistique et métaphysique, car dans l’Histoire cette révolte deviendrait révolution ; elle doit rester « à l’état pur » et anhistorique, autrement dit « primitif ». La réponse offerte par Camus à la tension entre art et politique et plus largement art et réel trouve donc son achèvement dans la proposition de la révolte, entre respect de certains aspects du monde et refus del’absurdité de ce même monde par le biais de la création d’un monde dit « de remplacement ». En ce sens, il convient de se demander sous quelle forme et par quels moyens artistiques et plus spécifiquement littéraires s’opère le refus du réel, et plus largement en quoi la théorie de Camus de l’art s’inscrit dans le mouvement dualiste de la littérature au XXe qui ne cesse d’osciller entre refus etinscription totale de l’œuvre dans le monde.
Pour confirmer la première partie du propos de Camus, il s’agira de voir comment la création artistique se pose comme un refus du monde tant en raison de sa laideur que son historicité. Cependant l’étude de la conception sartrienne de la littérature nous montrera comment face à une conception par trop idéaliste de la littérature, l’engagement se pose pourl’œuvre comme l’inscription totale dans le réel montrant alors qu’ « aucun artiste ne peut se passer du réel ». Enfin, pour renouer avec la vision de Camus, nous verrons la médiation proposée par la révolte artistique entre refus et acceptation du monde à travers l’unification du réel dans le matériau littéraire.

Face à la littérature réaliste propre au XIXe incarnée notamment par Balzac et Zola, uncertain mouvement de refus du monde s’inscrit dans la littérature, en raison du déplacement qui s’opère selon les artistes entre la beauté et l’idéal de la parole littéraire et la laideur du monde.
S’il est vrai que l’art doit s’appuyer sur le réel, ceci n’empêche pas un mouvement de répulsion de la part des artistes, notamment face à l’incarnation du réel dans la vie, qui prend corps dans lapolitique.
En effet pour Nietzsche « aucun artiste ne tolère le réel » parce que toute tolérance est impossible, avant tout en raison de la laideur du monde. La vision romantique de l’artiste qui se développe au XIXe siècle le montre au-delà des bassesses du monde, son idéal de beauté romantique se posant en rupture avec l’aspect prosaïque du monde, à travers la figure de l’artiste...
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