Camus

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  • Publié le : 28 mai 2010
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COMMENTAIRE STYLISTIQUE DE L’INCIPIT DE L’ETRANGER, CAMUS ,1942

Achevé en mai 1940 et publié en même temps que Le mythe de Sisyphe en 1942, L’Etranger est en partie la traduction romanesque des idées contenues dans cet Essai sur l’absurde. Le narrateur, Meursault, représente « l’homme avant la pris de conscience de l’absurde », mais déjà préparé à cet éveil lucide : sans illusion sur lesvaleurs consacrées, il se comporte « comme si la vie n’avait pas de sens ». L’effet produit sur le lecteur par une telle narration, objective et déprimante , est cet écœurement qui selon Camus , est une bonne chose, car il nous conduit au sentiment de l’absurde.
Incipit du roman , cet extrait livre sans préambule au lecteur, à travers un récit à la première personne , les réactions d’unhomme confronté à la mort de sa mère . Pour le comprendre et le connaître , le lecteur n’a en main qu’une pièce du dossier : le texte qu’écrit le personnage . Aussi, aux questions qu’il se pose sur cet homme, le lecteur doit s’efforcer de répondre sans précipitation . L’attitude déconcertante de Meursault ne doit pas , en effet, occulter la complexité extrême du personnage et l’étrangeté de sonrapport avec le langage.

L’attitude du narrateur face au décès de sa mère a largement de quoi dérouter le lecteur dans cette première page. Ainsi, le récit de l’annonce de la mort de sa mère et des quelques heures qui suivent laissent apparaître des réactions bien étranges du personnage. Ses habitudes ne varient pas : il se rend tout naturellement « au restaurant , chez Céleste » ;il s’endort dans l’autobus qui le conduit à Marengo : « je me suis assoupi » ; « j’ai dormi pendant tout le trajet ».
Dès la réception du télégramme, il donne l’impression d’aborder l’existence d’une curieuse manière . On s’étonne de le voir affirmer : « Cela ne veut rien dire «  face à un message au contenu tant irréversible que dramatique : « Mère décédée. De même , la placerespective des indicateurs temporels « aujourd’hui » et « hier » au début et à la fin du premier paragraphe témoigne d’un curieux décalage . La préoccupation principale de Meursault semble porter davantage sur le jour du décès _ « aujourd’hui » ou « hier »_ que sur la mort de sa mère.
De plus, certains termes employés par le narrateur évoquer le décès de sa mère _ »jour de congé », « excuse », « affaire classée »_ choquent , tant ils semblent manifester d’indifférence et de désinvolture.
Cet événement semble l’ennuyer comme en témoigne son besoin de s’excuser auprès de son patron : »Ce n’est pas ma faute « . En revanche , il ne paraît guère ému : pas le moindre vocabulaire psychologique susceptible d’exprimer un sentiment . Significativement , la seule émotion à laquelle il soitfait allusion concerne non pas Meursault mais ses amis et connaissances chez Céleste:  « Ils avaient tous beaucoup de peine pour moi ». Cette réaction de compassion de gens anonymes contraste avec l’absence de d’émotion du fils désormais orphelin.
Cet incipit nous dévoile un personnage au comportement déroutant , et l’on peut même trouver Meursault monstrueux à force de sécheresse de cœur .Mais cette première impression oblige à un examen plus approfondi du personnage.

Meursault est-il donc un monstre dans sa manière de réagir à la mort de sa mère ? Le personnage ne manifeste pourtant aucune mauvaise volonté particulière : il cherche même à se comporter du mieux qu’il peut.
Il s’efforce spontanément de respecter les règles tacites du rituel mortuaire. Ainsidécide-t-il de partir sans attendre pour Marengo.Il prévoit aussi d’assister à la veillée et à l’enterrement et demande une autorisation d’absence à son patron . Par ailleurs, il se conforme aux habitudes vestimentaires en vigueur : porter le deuil lui semble naturel : »quand il me verra en deuil » ; il prend la peine de passer « chez Emmanuel pour lui emprunter une cravate noire et un brassard »....
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