Candide

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  • Publié le : 19 mars 2010
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Célébrant la liberté, la tolérance et le progrès, le philosophe des Lumières est un homme d’engagement, un intellectuel investi dans la vie de son époque, menant des combats politiques, sociaux et religieux. Il s’empare de la littérature et de ses différentes formes comme d’une arme pour s’adresser au plus grand nombre, vulgariser des connaissances et transmettre les idées nouvelles. Le commercetriangulaire, la traite des noirs et la conversion forcée des esclaves sont ainsi au cœur des préoccupations des intellectuels français.
Après les essais de Montesquieu et Condorcet, le dialogue d’idées de l’abbé Raynal, c’est au tour de l’ « Aubergiste de l’Europe », Voltaire, d’évoquer, dans le chapitre XIX de son apologue Candide ou l’Optimisme, le triste sort des noirs soumis à la cupidité,l’hypocrisie et la violence de certains européens esclavagistes.
Naïf et influencé par l’enseignement de l’optimiste Pangloss, son précepteur, Candide parcourt le monde au cours d’un voyage qui le mène de l’Europe à l’Amérique du Sud. Le passage proposé ici nous fait voir le personnage éponyme alors qu’il s’apprête à rentrer à Surinam, une ville de l’ancienne Guyane Hollandaise. Aux portes decelle-ci, il fait la rencontre d’un noir qui le confronte alors à la dure réalité de l’esclavage.
Il s’agira donc de voir comment Voltaire use de tous les ressorts de l’apologue pour rendre compte d’une triste réalité de son siècle en étudiant tant le caractère dramatique de ce récit que le rôle des deux personnages principaux de cet extrait que la triple dénonciation effectuée ici.

Voltairedonne à son texte un véritable caractère dramatique qui naît, on le verra, et de sa structure particulière et de la rencontre entre le groupe mené par Candide et le noir.


Le passage proposé connaît une construction assez complexe puisqu’il donne à voir des passages narratifs (lignes 1 à 4 et 26-27), deux dialogues (entre le noir et Candide lignes 4 à 13 mais aussi entre Candide et Cacambo(lignes 23-26) et un discours rapporté (lignes 13 à 15). Il ne s’agit pas seulement pour Voltaire de dynamiser son texte et de le rendre vivant, il lui faut aussi accentuer, et de façon constante, l’horreur et la violence de l’esclavage. Le récit se compose ainsi d’une description rapide du noir ; description rapide, certes, mais particulièrement efficace puisqu’elle met bien en évidence sa tristecondition. La privation est ainsi mise marquée par la tournure restrictive « ne … que » (« n’ayant plus que la moitié de son habit » ligne 2), le verbe privatif « manquait » (ligne 3) et le substantif « moitié » dont le sémantisme implique la privation partielle, le caractère incomplet d’une chose. En l’espace de trois lignes, Voltaire insiste justement à trois reprises sur les manques de ce «pauvre homme » (ligne 3). L’adjectif qualificatif en position épithète accentue encore plus, s’il ne faut, le caractère malheureux et la triste condition du noir. Le passage descriptif, aussi court soit-il, permet donc à l’auteur de Candide de brosser un rapide état des lieux et de plonger brutalement le lecteur dans les affres et les vicissitudes de l’esclavage. Le dialogue entre le personnageéponyme et le noir, même s’il donne au texte un rythme évident et une certaine vivacité, est pour Voltaire l’occasion de marquer encore davantage le caractère dramatique du passage. Ainsi, on peut relever la présence de plusieurs occurrences de l’adjectif « horrible » (lignes 5 « état horrible », ligne 22 « manière plus horrible »), de l’adjectif « malheureux » (ligne 17) et du terme « abomination »(ligne 23) qui mettent en évidence la dure réalité de la situation. Le dialogue est l’occasion d’évoquer les mauvais traitements infligés aux esclaves : « traité ainsi » (ligne 7), « on nous coupe » (syntagme présent à deux reprises à la ligne 10), « c’est l’usage » (ligne 7). Le dialogue et les sévices faits aux esclaves ne prennent tout leur sens que s’ils sont mis en parallèle avec le discours...
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