Candide

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  • Publié le : 1 décembre 2011
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« Candide » est l’ouvrage le plus célèbre laissé par Voltaire ; bon nombre d'entre nous a été amené à l’étudier à un moment ou un autre. Mais c’est aussi un ouvrage dont souvent on parle assez mal, un ouvrage victime d’un grand malentendu. Pour le dire vite : on a tendance à prendre Voltaire pour un imbécile puisqu’on l’accuse de n’avoir pas du tout compris la cible de ses moqueries.

[Brefrappel des faits, ou « Jusqu’ici tout va bien »]

L’ironie de « Candide », tout le monde le dit avec raison, est dirigée contre la philosophie de Leibniz. L’identité de l’adversaire de Voltaire ne laisse aucune place au doute : les références à certains éléments de la doctrine leibnizienne parcourent l’ouvrage, et dans les dernières pages on trouve même le nom de Leibniz explicitement convoqué parPangloss (le professeur de Candide) qui se revendique son disciple.

Génie polymorphe, à la fois juriste, mathématicien (à qui on doit l’invention du calcul infinitésimal) et philosophe illustre, Leibniz rédigea en français, à la fin de sa vie, un essai qu’il baptisa du néologisme de « Théodicée » (signifiant « Justice de Dieu »). Cet ouvrage, duquel Voltaire tire vraisemblablement ce qu’ilsait de la théorie leibnizienne, a pour objet de plaider la cause de Dieu. Il entend le disculper de la présence du mal dans le monde — présence qui, en tant qu'elle paraît contredire la bonté et la justice attribuées à Dieu, est éminemment problématique aux yeux des théologiens.

La réponse de Leibniz à ce problème classique est simple, et presque irréfutable : il identifie le mal à un élémentnécessaire à la bonté de l’univers dans sa totalité. L’idée est que les maux locaux (l’esclavage, les deux guerres mondiales, la Tecktonic, etc.) concourent à l’harmonie de l’ensemble de l’univers. Autrement dit, ce qui semble un mal à un regard borné, ne voyant guère plus loin que le présent, est en vérité un bien du point de vue du Tout — point de vue auquel l’intelligence humaine ne peutmalheureusement s’élever.

Cette idée est bien rendue par une métaphore qu'il emprunte à st Augustin. Supposez, nous dit Leibniz, que vous vous trouviez devant un très beau tableau recouvert par un voile opaque de telle sorte que vous n’en puissiez voir qu’une infime partie ; cette partie vous paraîtrait sans doute une tâche de couleur informe, un pâté absurde appliqué au hasard sur la toile ; mais ôtezle voile, poursuit-il, et ce qui vous semblait exécuté sans art prendra soudain sens et révélera l’habileté de l’artiste. La tâche n’est laide qu’isolée, et pour autant qu’on la contemple au mépris du Tout dont elle est une partie. La laideur n’avait rien d’objectif, elle était seulement l’effet d’une vue tronquée, et elle disparaît aussitôt qu’on met en rapport la partie avec l’ensemble. Il en vaexactement ainsi pour les maux. Ils ne sont que la conséquence de notre incapacité à prendre sur l’univers une vue globale. Si nous étions capables d’un regard synoptique sur l’univers, d’un regard qui embrasserait tout le passé, le présent et l’avenir, le mal disparaîtrait.

De cela il s’ensuit, et c’est la thèse de Leibniz, que le monde élu par Dieu, c'est-à-dire notre monde, est le meilleurqu’il pût concevoir. Le meilleur parmi tous les mondes possibles, écrira-t-il. « Bonne nuit les petits » n’a donc rien inventé.

[Le problème, ou « Et là c’est le drame »]

On s’accorde souvent à voir dans le récit des aventures du malheureux Candide la critique implicite de cette thèse. On estime, de façon assez simpliste, que le détail que fait Voltaire des maux qui accablent la Terre etdont son héros est témoin a pour but de présenter autant de contre-exemples à la thèse qui veut que notre monde soit le meilleur possible. Or, à prendre les choses sous cet angle, il est clair qu’on est forcé de reconnaître qu’il s’agit d’une critique injuste, qui frappe complètement à côté. Et on est donc forcé de conclure que Voltaire est soit un imbécile qui n’a rien compris à Leibniz, soit au...
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