Ce que je suis

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  • Publié le : 31 mars 2010
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Suis-je le mieux placé pour me connaître moi-même ?
 
« Je suis très certain, sans fantôme et sans illusion (...), que j’existe pour moi-même, que je connais et que j’aime mon être. Et je ne redoute point ici les arguments des académiciens ; je ne crains pas qu’ils me disent : Mais si vous vous trompez ? Si je me trompe, je suis. »
Saint Augustin, La Cité de Dieu, XI, 26.
 
« Il est troptard. Je me suis fait à mon métier. Le vice a été pour moi un vêtement ; maintenant il est collé à ma peau. »
Lorenzaccio, III, 3.
 
Introduction
Pris comme sujet libre d’effectuer toutes les opérations de l’esprit en tant qu’elles se conforment à ce que serait l’exigence rationnelle de l’esprit, je ne peux qu’être amené à concevoir que, s’il est bien un objet sur lequel puissent s’appliquer cesconnaissances, c’est précisément le moi dont elles émanent et qui préside à leur avènement. Mais cette certitude première et apparemment la plus évidente ne peut-elle pas en vérité, comme l'expérimente dans la douleur le héros du Lorenzaccio de Musset, être un voile qui masquerait, même à le draper dans toute sa magnificence, le vide qui serait le plus fondamental quand le moi tente de seretrouver lui-même et de se saisir dans le prisme de sa propre faculté de perception ? Finalement, ne peut-il pas y avoir rien de plus étranger au moi que le moi, précisément au nom de l’unité primordiale qui le caractérise ?
Il s’agit de savoir, pour tout sujet digne de ce nom, s’il peut être lui-même à son origine, s’il peut constituer son propre principe ou si c’est au contraire quelque chosed’extérieur, de différent, qui vient le fonder. Mais alors, dans l’optique où la seconde hypothèse serait retenue, qu’en est-il de cet autre qui, tel le Dieu cartésien de la III° Méditation me fonde ? Par là même ne me fixe-t-il pas, ne me fige-t-il pas ? Où demeure ma liberté si ma connaissance passe essentiellement pour la différentielle d’un rapport qui viserait à aboutir au moi comme résultat d’unprocessus ordonné découlant d’un jeu dialectique, jeu entre le spontané et le réfléchi, entre le moi et l’Autre ? Suis-je donc bien le mieux placé pour me connaître moi-même ? pour savoir ce que je suis ? 
 
Le devoir d’auto-connaissance
La question se présente apparemment sous une forme anodine, qui viserait simplement à asseoir un fait qui serait déjà présupposé. En effet, le libellé même nousinvite déjà à considérer que je suis bel et bien « placé pour savoir ce que je suis ». Il ne reste donc pus qu’à déterminer si ce « placement » est celui qui convient le mieux pour favoriser ma connaissance. Il est clair que je peux effectivement prendre connaissance de moi, puisque toute perception que je produis n’a de raison d’être que si elle est elle-même perçue de façon consciente, réflexive ouréfléchie. Mais les facultés que je mets en oeuvre lorsque je perçois un objet qui m’est extérieur, c’est-à-dire un objet avec lequel j’entretiens des relations extrinsèques, peuvent-elles s’appliquer de manière identique quand l’objet que je tente de connaître est constitutif de ma propre essence ? Autrement dit, lorsque cet objet est un sujet, lorsque cet objet, c’est moi ? Il fautnécessairement définir la pensée comme se pensant elle-même si l’on veut se donner l’unité d’un sujet unique et continu dans le temps. Le sujet peut donc savoir ce qu’il est car il est cette unité à laquelle sont ramenées les diverses prises de conscience successives, qui se trouvent alors ordonnées dans une sériation chronologique. De même que pour percevoir une mélodie musicale, je dois me souvenir de toutesles notes et les associer dans une série qui se déroule dans le temps, de même en ce qui concerne tous mes états d’âme : il est nécessaire de les rapporter à un moi unique, considéré comme "l’unité synthétique originaire de l’aperception transcendantale" dans la Critique de la raison pure kantienne : « Le je pense doit accompagner toutes mes représentations ». C’est l’exercice même de la...
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