Celine

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  • Publié le : 31 décembre 2009
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COMMENTAIRE COMPOSÉ

« Voyage au bout de la nuit », de Louis-Ferdinand Céline
Le narrateur, Ferdinand Bardamu, est médecin dans une banlieue misérable et sordide du Paris de la fin des années vingt. En dépit de sa misanthropie, il s’est attaché à un enfant, Bébert, qui est bientôt atteint de la typhoïde. Venu passer la journée à Paris afin d’obtenir, en vain, de son ancien professeur demédecine un moyen de sauver Bébert, il doit s’en retourner dans sa banlieue. Son désespoir est à son comble. Un petit tour par la place Blanche avant de rentrer. Je vois du monde tout le long de la rue Lepic, encore plus que d’habitude. Je monte donc aussi, pour voir. Au coin d’un boucher c’était la foule. Fallait s’écraser pour voir ce qui se passait, en cercle. Un cochon c’était, un gros, un énorme. Ilgeignait aussi lui, au milieu du cercle, comme un homme qu’on dérange, mais alors énormément. Et puis, on arrêtait pas de lui faire des misères. Les gens lui tortillaient les oreilles histoire de l’entendre crier. Il se tordait et se retournait les pattes le cochon à force de vouloir s’enfuir à tirer sur sa corde, d’autres l’asticotaient et il hurlait encore plus fort à cause de la douleur. Et onriait davantage. Il ne savait pas comment se cacher le gros cochon dans le si peu de paille qu’on lui avait laissée et qui s’envolait quand il grognait et

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soufflait dedans. Il ne savait pas comment échapper aux hommes.Il le comprenait. Il urinait en même temps autant qu’il pouvait, mais ça ne servait à rien non plus. Grogner, hurler non plus. Rien à faire. On rigolait. Le charcutier, par-derrière dans sa boutique, échangeait des signes et des plaisanteries avec les clients et faisait des gestes avec un grand couteau. Il était content lui aussi. Il avait acheté le cochon, et attaché pour la réclame.Au mariagede sa fille il ne s’amuserait pas davantage. Il arrivait toujours plus de monde devant la boutique pour voir le cochon crouler dans ses gros plis roses après chaque effort pour s’enfuir. Ce n’était cependant pas encore assez. On fit grimper dessus un tout petit chien hargneux qu’on excitait à sauter et à le mordre à même dans la grosse chair dilatée. On s’amusait alors tellement qu’on ne pouvaitplus avancer. Les agents sont venus pour disperser les groupes. L.-F. Céline, Voyage au bout de la nuit, Gallimard (1932).

QUESTIONS

1. Relevez et classez les traits stylistiques qui créent l’illusion du langage parlé (lexique, registres, ordre des mots dans la phrase, temps verbaux, emploi des négations...). (2 pts) 2. a) Étudiez l’évolution du point de vue narratif, du premier au deuxièmeparagraphe. b) Quel rapport révèle-t-elle entre le cochon et le narrateur ? (2 pts) Vous ferez le commentaire composé de cet extrait du roman de L.-F. Céline. (16 pts)

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LOUIS-FERDINAND CÉLINE

I. Analyse du sujet etenjeux du commentaire
Le commentaire de ce texte peut paraître facile : on voit nettement se détacher l’opposition entre la foule et le cochon ; le langage parlé apparaît comme un autre axe possible d’étude, ainsi que la position du narrateur. La première question demande qu’on relève tous les traits du langage parlé, en les présentant dans un classement justifié. Le professeur aidera les élèves à neporter aucun jugement de valeur sur le non-respect des normes grammaticales, mais à s’interroger au contraire sur la valeur et les effets de ce langage parlé. La seconde question nécessite de bien connaître les différentes focalisations possibles dans le roman et le moyen de les identifier. Elle permettra de mieux comprendre la position du narrateur par rapport au spectacle qu’il contemple, et...
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