Certain l'aiment chaud

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  • Publié le : 5 décembre 2011
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Certains l'aiment chaud (Some Like It Hot) Réalisé par Billy Wilder Avec Marilyn Monroe, Tony Curtis, Jack Lemmon, George Raft, Pat O’Brien, Joe E. Brown, Joan Shawlee Musique : Adolph Deutsch Scénario : Billy Wilder et I.A.L. Diamond Photographie : Charles Lang Direction artistique : Ted Haworth Montage : Arthur P.

Schmidt Une production The Mirisch Corporation pour United Artists Etats-Unis- 121 mn 1959

Témoins inopinés d’un règlement de comptes perpétré par la Mafia, deux musiciens de Chicago, Joe et Jerry, se voient contraints d’intégrer un groupe de jazz féminin sous les traits de Joséphine et Daphné. Leur couverture est parfaite jusqu’à ce que « Joséphine » tombe amoureuse d’une chanteuse, Sugar, qu’un ancien playboy s’éprenne de « Daphné » et qu’un parrain de la Mafiadécide de les éliminer !

A la fin des années 50, l’Amérique n’est plus ce qu’elle prétend être : le moral est au plus bas, le chômage continue d’augmenter et la Guerre froide fait trembler le monde. La télévision remplace le grand écran et un certain cinéma est en train de disparaître, celui des grands cinéastes de la légende hollywoodienne qui sont en train de faire leurs derniers films. C’est dansce climat que Billy Wilder réalise une comédie trépidante où le rire masque l’amertume avec beaucoup de talent. Bien qu’il ait réalisé des drames, contribué à la naissance du filmnoir, on se souvient surtout de lui pour ses comédies, un genre vers lequel il revenait souvent, y excellait. L’un de ses thèmes favoris est le jeu des apparences, le vrai et le faux, qui lui permet de composer avecdifférents niveaux de lecture ou d’intrigue et d’exploiter dès l’écriture la connivence du spectateur. On retrouve cette notion du faux-semblant dans de nombreux films de Billy Wilder, la supercherie et le mensonge y sont le moteur de l’action : un soldat britannique ne pouvant s’échapper des nazis se fait passer pour un maître d’hôtel (Les Cinq secrets du désert, 1943) ; un arnaqueur à l’assurancefeint une blessure pour toucher le pactole (La Grande combine, 1966) ; dans Uniformes et jupons courts (1942) une femme se déguise en jeune fille pour ne pas payer un billet de train au plein tarif ; dans Irma la douce (1963) un policier se fait passer pour un client afin d’avoir l’exclusivité du marché de la prostituée dont il est amoureux ; dans Fedora (1978) l’obsession d’immortalité aboutit à uneusurpation d’identité pour perpétuer la légende. Wilder s’intéresse aux possibilités offertes par le subterfuge en utilisant régulièrement le déguisement comme créateur d’évènements, de relations et surtout de mensonges. Les personnages de Certains l’aiment chaud, comme ceux de tous ces films, suivent le même principe : ils jouent un rôle, veulent donner une image faussée de la réalité. Les joliesfilles sont des croqueuses de diamant, les femmes parfois des hommes. Mais chez Wilder, ceux qui portent des masques n’obtiennent pas forcément le résultat escompté : la conséquence inattendue sera de révéler leurs personnalités profondes.

Wilder et son co-scénariste I.A.L. Diamond se focalisent sur le décalage entre ce qui est visible et ce qui est caché, accentuent ces différences pour allervers le rire : pendant la scène de séduction sur le yacht, on joue le contraste entre l’air désintéressé de l’héritier Shell et le trouble ressenti par

Joe lorsque Sugar l’embrasse. Plus tôt, dès leur rencontre sur la plage, quand Joe prétend être le fils d’un grand industriel pétrolier, Sugar n’ose pas avouer ses origines modestes et se fait passer pour une fille du grand monde. Si elle serêve parfois autrement, Sugar est surtout un trompe-l’œil à elle toute seule : on note l’habileté des scénaristes à avoir utilisé et contourné les clichés de la bombe sexy pour en faire une jeune fille timide cachée derrière un physique provoquant, quelqu’un de sensible et délicat dans un corps de rêve, qui noie son chagrin dans l’alcool. Certains l’aiment chaud est un faux film de gangsters...
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