Chapitre 11

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  • Publié le : 29 avril 2010
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La vie religieuse à Rome jusqu'au début de l'empire Jean-René Jannot Professeur émérite à l’université de Nantes Membre de l’Istituto di Studi Etruschi ed Italici (Florence-Rome) Lorsque, en 382, le christianisme triomphant supprima toutes les cérémonies religieuses du paganisme en place, ce sont plus de cent vingt fêtes qui disparurent du calendrier romain, en attendant que beaucoup d'autres s'ysubstituent. De ces très nombreuses manifestations qui scandaient l'année, certaines étaient de première importance, d'autres très secondaires, mais toutes se déroulaient selon un schéma immuable. Beaucoup étaient si anciennes qu'on en avait presque oublié le sens et qu'on avait brodé sur les cérémonies incomprises des mythes étiologiques (explicatifs) et des légendes historiques qui n'avaientd'autre fondement que celui de justifier un acte rituel. C'est que la religion romaine était avant tout un tissu d'actes rituels, comme nous l'explique Jean-René Jannot. Un calendrier très chargé Le terme de religio ne désigne pas ce que nous entendons par religion, mais un climat surnaturel qui saisit le visiteur des lieux consacrés, et c'est le mot pietas qui, de la manière la plus adéquate, rendcompte de la vie religieuse. L'équilibre entre le monde divin et celui des hommes, le fonctionnement harmonieux de l'État ou de telle ou telle gens est assuré par l'accomplissement scrupuleux des rites immémoriaux dont beaucoup étaient souvent en rapport avec l'idée d'expiation – piare – d'une souillure ou d'un crime. Ces rites prenaient place tout au long de l'année ; certains suivaient le rythmedes saisons. Ainsi, à la mi-mars, on chassait le « vieux Mars » et on fêtait Anna Perenna, divinité de la permanence de l'année ! Le 11 juin, c'était la fête de Mater Matuta, presque celle du solstice d'été : les matrones y berçaient les enfants de leurs sœurs et chassaient du temple une esclave qu'elles y avaient introduite. En revanche, au creux de l'hiver, le 21 décembre, aux fêtes de DivaAngerona, on honorait la renaissance du soleil. Si ces divinités scandaient le temps, d'autres marquaient l'espace. On rendait ainsi un culte aux lares, à celui de la maison et aux divinités penates qui l'accompagnaient, à ceux des carrefours – lares compitales –, à ceux qui veillaient au sol de la patrie ; on honorait Pan et Faunus qui régnaient sur les terres sauvages, et un collège d'hommes-loups,les luperques, parcourait le 15 février les rues de Rome en frappant de lanières de peau de bouc les femmes stériles qui, ainsi, se retrouvaient fécondes. Il y avait enfin ces rites de la fin août, d'octobre et de novembre au cours desquels, pour apaiser les âmes des morts qui, en cette période, remontaient par le mundus – la fosse de communication avec l'au-delà temporairement ouverte – onjetait des fèves par-dessus l'épaule, sans regarder les ombres des défunts qui allaient s'en emparer. Rites privés Des actes religieux se déroulaient quotidiennement dans le cadre de la maison, autour de l'autel domestique, le petit laraire où se pressait tout un monde de figurines : lares, pénates, statuettes de dieux et de déesses, et le genius du lieu. On leur offrait avant chaque repas de labouillie, des boissons et, les jours de fêtes, des couronnes de fleurs. On ne commençait pas un repas, et a fortiori un banquet, sans offrir une libation aux dieux, et il était hors de question le soir de balayer la salle à manger des reliefs de repas qui, la nuit, contribuaient à nourrir le monde des défunts. De
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la même manière, à la campagne, les paysans ne manquaientpas de présenter les offrandes des prémices des récoltes ou de la chasse aux petites effigies placées aux carrefours ou perchées dans un arbre : minuscules sanctuaires où s'exerçait la pietas populaire. Les peintures de Pompéi montrent ces oratoires ruraux où les passants suspendaient des couronnes et accrochaient des offrandes que le vent agitait. Ce pouvaient être de simples rochers ou même...
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