Chapitre 3 de voltaire

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  • Publié le : 10 octobre 2010
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Chapitre 3 de Candide

Rien n'était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie telle qu'il n'y en eut jamais en enfer. Les canons renversèrent d'abord à peu près six mille hommes de chaque côté ; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquinsqui en infectaient la surface. La baïonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d'hommes. Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes. Candide, qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu'il put pendant cette boucherie héroïque.

Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum chacun dans son camp, il prit le parti d'allerraisonner ailleurs des effets et des causes. Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d'abord un village voisin ; il était en cendres : c'était un village abare que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois du droit public. Ici des vieillards criblés de coups regardaient mourir leurs femmes égorgées, qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes ; là des filleséventrées après avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros rendaient les derniers soupirs ; d'autres, à demi brûlées, criaient qu'on achevât de leur donner la mort. Des cervelles étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupés.

L’année 1756 est marquée par le début de la guerre de sept ans entre l’Autriche et la France contre la Prusse et l’Angleterre, et en 1768, année decomposition de Candide, une campagne est en train de ravager l’Europe.

Une vision particulière de la guerre
Elle est présentée de façon inattendue : l’accent est mis sur son aspect esthétique au début du passage.
*L’aspect esthétique : adjectifs élogieux et mélioratifs intensifiés par « si » : « beau », « leste », « brillant », « ordonné »= véritable spectacle, tableau. Hyperboles et successiond’évènements. Accompagnement musical : insistance sur l’ »harmonie », les Te Deum finals.
*Justification de la guerre : massacre moralement et socialement justifié avec « infectaient » et « coquins » présentent les victimes comme coupables. La guerre= mesure d’assainissement. « Âmes »=vivant, emploi impropre du terme // « Le tout »=morts.
*Compatibilité : énumération des chiffres et du totalfinal sans manifeste d’émotions= importance des chiffres : opinion de l’auteur ? + Approximation désinvolte « à peu près », « le tout » : déshumanisation des morts et considération dans un ensemble uniforme.

Images de la « boucherie héroïque »
*Voltaire fait voir les évènements à travers les yeux de Candide, qui découvre les effets de cette « boucherie » en passant dans un village qui a étédétruit et dont les habitants ont été massacrés. L’horreur de la guerre est vue de façon très réaliste et l’écriture change : changement de temps du passé simple à l’imparfait (temps de la description)= le regard de Candide se développe.
*Diversité des victimes : femmes, enfants, vieillards. Champ lexical de la violence (désigne les actes meurtriers des soldats et le résultat) : « criblés de coup »,« égorgées » ( le narrateur précise des détails anatomiques horribles, suggère la souffrance des agonisants.
*Réciprocité : « bulgares » et « abares »= comportement similaire des deux armées. La barbarie n’appartient pas qu’à un seul camp.

Dénonciation et son efficacité
Registre polémique
*Légitimité apparente : légitimité esthétique, montrée comme un spectacle (champs lexical du spectateur,conception théâtrale de la guerre « héroïque »). Description très réaliste des conséquences des massacres de civils. 2 visions inconcevables de la guerre + complicité de la religion (« Te Deum »).
*Responsabilité : incombe aux souverains des deux camps « les deux rois » et à leur appétit de conquêtes. Loin du théâtre des opérations. Images implicites de la critique : le dernier instrument...
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