Char

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  • Publié le : 15 mai 2011
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René Char Le veilleur insoumis, notre frère en fureur Toute vie Toute vie qui doit poindre achève un blessé. Voici l’arme rien, vous, moi, réversiblement ce livre et l’énigme qu’à votre tour vous deviendrez dans le caprice amer des sables. Les matinaux( Poésie-Gallimard p.84) Il ne s’agit point d’ajouter une docte étude à tant de doctes études, juste de saluer en passant ce Jupiter tonitruant quefut René Char. Visage massif, de pierre dure, corps immense, voix lourde, il occupe toute la place. Il est un vent brutal au milieu de nous. Il boxait la vie. Il injuriait les tièdes. Juxtapose à la fatalité la résistance à la fatalité. Tu connaîtras d’étranges hauteurs. Bourru, colérique connaissant toutes les fleurs de sa petite montagne, le Lubéron, autour de l’Isle sur Sorgue, et vousmaudissant si vous ne saviez point les appeler vous aussi par leur petit nom. Il se posait presque en imprécateur et ne comprenait pas ces poètes qui dévidaient quasiment au mètre leur production, lui qui par son artisanat furieux polissait chaque mot, jusqu’à ce qu’il ait la patine de l’éternité. Il demeure parmi nous plus par ses aphorismes, ciselés au couteau du soleil, que par ses poèmes. On aime àle citer, encore faudrait-il le lire et le relire. À celui qui a écrit « que la blessure la plus rapprochée du soleil était la lucidité », il faut faire allégeance de la lucidité et du respect infini pour ce bel homme qui savait claquer la porte au nez des officiels. Le Panthéon préféra accueillir André Malraux que ce compagnon de route du communisme. La France préfère les tribuns aux prophètes,les petits réalistes aux surréalistes. Trop de soleil aveuglant fait peur. Et sa pose de dieu vivant de la poésie, son entrée dans la Pléiade, son appartenance à la gauche, finissaient par irriter. Résistant à toutes les occupations militaires ou intellectuelles il était un bloc de granit monolithique dans ses jugements cassants et définitifs. « Nous sommes allés et nous avons fait face », René Charsemble toujours débouler de face, taureau en colère. Il est un orage. Il avait une montagne dans le regard. Poésie sacrificielle du soleil, four à chaux des mots, la poésie de René Char est accaparante.

Il se peut que l’on préfère ses oracles de pythie de la poésie avec leur part d’ombre et d’interprétation à sa langue poétique rugueuse et à son lyrisme sous contrôle. Hermétique etéblouissant il ne trouvait pas de gens à sa hauteur hormis quelques élus de la beauté. Il jouait fort bien la statue du Commandeur en poésie. Prince qui durant la trêve des saisons produisait l’Art issu de la douleur et retournant à la douleur, René Char donne l’impression de nous toiser du haut de ses mots. Habitant des hautes solitudes, comme Saint-John Perse, il n’a pas sa palette de couleur. L’hommetenait sa lumière de sa liberté. J’habite une douleur Il écrit par fragments en lançant fiévreusement des brandons de mots. Il est le grand révolté qui vaticine. Il voulait être cette veille insoumise et fraternelle qui prend soin des hommes autour du feu, face aux monstres. Qui veille encore et encore. Lui, le capitaine Alexandre de la résistance, est le Char de la vie. On tombe sur ses poèmes commesur des éclats de silex et l’on n’arrive pas toujours à réaliser des outils avec ses prophéties enflammées. Mais on sait en le quittant qu’il a allumé des feux en nous dont on comprendra plus tard l’usage, mais qui déjà ont fait reculer les ombres. René Char s’est autant voulu au cœur de l’homme qu’au cœur de la vie. Il est plus un maître de vie qu’un grand poète, selon moi seul bien sûr. Latransparence, vertu d’ailleurs de la poésie, il ne l’a pas. Il est cri, étincelles, fulgurations, mais si obsédé par la beauté figée dans le marbre qu’il nous laisse seuls au bord du chemin : Dans nos ténèbres, il n’y a pas une place pour la beauté. Toute la place est pour la beauté. Il voulait qu’en le lisant « que ça descende en nous ». Cela parfois est dur à passer et son aridité parfois nous...
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