Chateaubriand

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  • Publié le : 1 décembre 2010
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C'est à Saint-Malo, le 4 septembre 1768, que, par une nuit de tempête, la mère de François-René de Chateaubriand, Apolline de Bédée, lui « infligea la vie ». Son père, François-Auguste, était armateur et pratiquait, entre autres commerces, celui des esclaves, ce qui lui avait permis, en 1761, d’acquérir le domaine de Combourg et son château et de redorer ainsi le blason des Chateaubriand, unelignée dont le prestige se perdait dans les temps les plus anciens et dans certains aménagements généalogiques avantageux.
Celui que ses sœurs et sa mère appelaient Fanchin fut mis en nourrice chez sa grand-mère maternelle, à Plancoët. En 1771, il revint dans la demeure de Saint-Malo, alla à l’école élémentaire des sœurs Couppart.
Ses premières années furent celles d'un enfant abandonné auxdomestiques, qui se battait avec les polissons sur la grève, qui éprouvait déjà son audace en traversant la jetée sans rambarde quand les paquets de mer la submergeaient pour mieux sentir après la vigueur d’être en vie, qui passait des heures à contempler la mer en écoutant « le refrain des vagues », ou qui se livrait à des lectures clandestines et nocturnes. En 1777, toute la famille s'installa auchâteau de Combourg qui, au sud de Dol, entre Fougères et Dinan, dresse son imposante silhouette féodale près d'un étang, dans un paysage de bois, de landes et de cultures pauvres.
Le jeune « chevalier », destiné à la marine, fit, de 1777 à 1781, des études assez décousues au collège de Dol, passant ses vacances annuelles à Combourg avec sa sœur Lucile, nature tendre et maladive. En 1782, il entra aucollège de Rennes pour préparer l’examen probatoire de garde-marine qu’il devait passer à Brest, l’année suivante. Mais, à Brest, il se rendit compte qu’il n’avait aucun goût pour la carrière d’officier de marine, et revint, sans qu’on l’y attende, à Combourg où il annonça son intention de devenir prêtre. En réalité, il ne savait pas vraiment ce qu’il voulait faire dans la vie et cherchasimplement à gagner du temps. Son père l’envoya au collège ecclésiastique de Dinan. Il s’y découvrit aussi peu doué pour la prêtrise que pour la marine.
Il revint à Combourg dont le cadre romanesque l'avait conquis. Pendant «deux années de délire » et d’oisiveté sombre, entre un père sombre et taciturne et une mère pieusement mélancolique, il y mena une existence étrange : langueurs sans vraie cause,exaltations sans but, troubles d'une sensibilité ardente en proie au « vague des passions», plongées dans les abysses d’une âme en détrese, terreurs, rêveries solitaires, courses sur la lande en compagnie de Lucile. Sa vocation poétique s'éveilla alors et son âme d'artiste allait rester marquée par les impressions de Combourg.
En 1786, le vieux comte François-Auguste, à deux mois de sa mort, las devoir son fils paresser, lui donna un brevet de sous-lieutenant au régiment de Navarre, à Cambrai. Il était donc officier d’infanterie sans avoir aucun goût pour les armes. Des congés prolongés lui permirent de séjourner chez ses sœurs mariées, à Fougères ou à Paris, Combourg étant fermé depuis la mort du père. Le 19 février 1787, il fut présenté à la Cour et eut une brève rencontre avec Louis XVIlors d’une chasse royale. En septembre, il rejoignit son régiment à Dieppe. En 1788, il fit, avec ses sœurs, Julie et Lucile, un séjour à Paris au cours duquel il se mêla à la vie sceptique et dissipée des salons, y rencontra Parny, Lebrun, Chamfort, Fontanes qui fut son ami le plus cher. Il conçut un premier projet d’un « roman américain ». Il lut beaucoup de livres des philosophes,s'enthousiasma pour Rousseau, perdit sa foi religieuse et commença à s’endetter. En juillet 1789, il assista avec sympathie aux débuts de la Révolution. ’’L’almanach des muses’’ publia une de ses idylles, ‘’L’amour de la campagne’’.
En 1790, il dut vendre des bas pour payer ses dettes. Il passa l’été à Fougères. Il dut adopter une réforme temporaire, mais se livra encore au libertinage parisien. Devant...
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