Chef d'agence

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  • Publié le : 8 mai 2010
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La micro finance cherche les leçons de la crise des «subprime»

C'était avant la crise. Le bon temps. A grand renfort de slogans et de communiqués de presse, les Nations unies célébraient, en 2005, l'année internationale du microcrédit. Quelques mois plus tard, le professeur d'économie bangladais Muhammad Yunus et son organisation, la Grameen Bank, recevaient en 2006 le prix Nobel de la paix,pour avoir inventé la microfinance «moderne». Au fondement de ce double sacre, la même conviction: une révolution économique sans précédent était en cours. La micro finance se répandrait comme une potion magique et sortirait de la pauvreté les 80% des familles des pays en développement toujours exclues des services bancaires. Le monde pouvait dormir tranquille, il avait enfin trouvé la bonneréponse à la question de la pauvreté.

Depuis, l'enthousiasme du secteur s'est tassé. L'heure est la prudence. La «mode» est retombée, tranchent les mauvaises langues. La crise des subprime aux Etats-Unis, provoquée par l'endettement excessif des ménages les plus modestes, a bousculé beaucoup d'acteurs du développement dans leurs certitudes. Et la crise financière mondiale pourrait secouer, sur leterrain, bien des structures encore fragiles. Lors des précédents craquements économiques (crises mexicaine en 1995 et asiatique en 1997 surtout), le secteur avait encaissé sans broncher – continuant d'afficher une croissance vertigineuse d'environ 30% par an. Mais cette crise, d'une ampleur sans précédent depuis 1929, menace d'autant plus qu'elle «intervient à un moment où la micro finance estdevenue mature et sa taille n'est plus négligeable», précise Sébastien Duquet, directeur général de PlaNet Finance. Des bailleurs moins généreux La taille de la micro finance aujourd'hui? Plus de 3.500 institutions dans le monde, pour près de 155 millions de clients, selon le dernier recensement du Microcrédit Summit Campaign. Surtout des femmes (88 millions), habitant en très grande majorité en Asie(autour de 90% des clients). Le principe est toujours le même, à rebrousse-poil des traditionnelles politiques d'assistanat: permettre à ceux, trop pauvres pour ouvrir un compte en banque en bonne et due forme, d'épargner ou d'emprunter, selon des règles très encadrées [lire sous l'onglet Prolonger]. Afin d'investir dans un nouveau business ou de combler leurs dettes. Précision importante: à peinequelques centaines d'institutions sont parvenues à l'équilibre. Très peu de chiffres sont disponibles pour cerner les premiers effets de la crise. Les économistes, eux, identifient deux difficultés. D'abord, en micro finance comme ailleurs, un sérieux problème de liquidité. «Le risque majeur aujourd'hui, c'est que les institutions n'aient plus de financement», résume William Pariente, chercheur àl'Ecole d'économie de Paris et membre du laboratoire J-Pal. Pour trouver de l'argent, le secteur comptait jusqu'à présent sur trois sources de financement: des fonds propres, des emprunts à des banques, et parfois, l'épargne de ses clients.

La mauvaise santé des établissements bancaires traditionnels – en Europe de l'Est et en Russie particulièrement – fragilise par ricochet lesmicro-entrepreneurs. «Nous ne pouvons plus

compter cette année sur les crédits que nous accordait jusqu'à présent le secteur bancaire», confirme à Mediapart Diego Fernandez Concha, de Prisma, une structure de micro finance péruvienne qui compte 22.000 clients dans le pays – dont un cinquième vivant sous le seuil de pauvreté. «Nous allons tout de même essayer de poursuivre notre croissance et développer denouveaux produits bancaires, pour faire face à l'augmentation de la demande liée à la crise.» Quant aux bailleurs de fonds internationaux, qui subventionnent généreusement le secteur depuis des années, ils sont eux aussi sur la défensive. «Selon les règles habituelles du microcrédit, si le client rembourse correctement son premier prêt, il pourra emprunter davantage la deuxième fois, et ainsi de...
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