Choc des civilisations

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  • Publié le : 23 avril 2011
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Séance 12

Peut-on éviter le choc des civilisations ?

Introduction

Depuis la chute du mur de Berlin en 1989, les idéologies ont perdu de leur éclat. On a assisté à la fin d’un monde bipolaire Est/Ouest. Cependant, de nouvelles tensions sont apparues avec l’émergence de revendications culturelles, ethniques, religieuses et, d’un point de vue général, civilisationnelles. De nombreuxspécialistes en relations internationales estiment que le principe civilisationnel déterminera de plus en plus les rapports entre Etats et continents. De nombreux conflits et tensions émergent : le monde occidental contre le monde musulman ou encore le monde occidental contre le monde asiatique, en particulier contre la Chine. On constate que les hommes sont en quête de repères et s’appuient sur desconcepts de culture permettant de revendiquer l’appartenance à une civilisation. Cependant, dans le cadre de la mondialisation, des migrations, du contrôle des richesses par les grandes puissances, les intérêts se heurtent. On assiste à des frictions de plus en plus violentes entre pays du Nord et pays du Sud. Les attentats du 11 septembre 2001 sont souvent interprétés comme la première manifestationdu « choc des civilisations », c’est-à-dire un choc entre le monde arabo-musulman et le monde judéo-chrétien. Cet affrontement ne peut être réglé, selon les adeptes de cette théorie, soit par la victoire des « valeurs américaines » (ou occidentales) imprégnant un Islam modernisé dans un monde globalisé, soit par l’apparition d’un califat mondial (régime politique islamique) imposant ses« valeurs ». Après avoir étudié les principes et les acteurs expliquant les possibilités d’un choc des civilisations, nous évoquerons les conséquences et les risques encourus.

I- Aux origines du choc des civilisations

Une idéologie ancienne

A- A l’origine du concept

L’expression « choc des civilisations » (clash of civilizations) est due à l’islamologue britannique naturalisé américain BernardLewis. En effet, cet universitaire lance en 1964 dans son livre « The Middle East and the West » cette formule appelée à faire florès : « La crise au Proche-Orient (…) ne surgit pas d’une querelle entre Etats, mais d’un choc des civilisations » Par la suite, il récidive dans un ouvrage paru en 1990 et intitulé « Les racines de la rage musulmane » (The roots of muslim rage). Cet auteur estime quel’Islam ne peut rien apporter de bon et que les musulmans vont diriger leur amertume contre l’Occident. Expert écouté auprès du RIIA (Royal Institute of International Affairs ou Chatham House, équivalent anglais du CFR américain), il devient par la suite un conseiller de Zbigniew Brzezinski (devenu depuis le conseiller du président Obama) au Département d’Etat avec lequel il élabore la théorie duconcept d’ « arc de crise » (crescent of crisis) au Proche-Orient. Cette théorie a été officiellement présentée par Time Magazine (15 janvier 1979) et propose de balkaniser le Proche-Orient pour créer des mini-Etats pétroliers plus faciles à contrôler que les Etats souverains à forte identité. Ces concepts ont beaucoup de succès auprès des néo-conservateurs. Ces théories ont grandement influencél’officier du renseignement Ralph Peters auteur de l’article « Frontières de sang » paru dans la revue militaire américaine AFJ en juin 2006 (Armed Forces Journal) présentant une carte du Proche-Orient balkanisée. Ces différents travaux de Bernard Lewis ont aidé aussi au développement des thèses du professeur en science politique, Samuel Huntington.

B – Le scénario du « choc des civilisations »Nourri des apports d’un Lewis et d’un Brzezinski, Samuel Huntington (mort en décembre 2008) s’est fait remarquer en publiant en 1993 un article intitulé « le choc des civilisations » (clash of civilizations) paru dans la revue du CFR, Foreign Affairs (volume 72, N°3). Cet article a donné naissance à un livre du même nom (Editions Odile Jacob). La pensée de l’auteur s’articule selon les...
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