Chronique

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  • Publié le : 21 octobre 2010
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Appréciation de l’euro ou baisse du dollar ? Quelques éléments d’analyse
Cyriac GUILLAUMIN* Dominique PLIHON*

“Nouveau record pour l’euro”. Depuis quelques semaines, cette phrase fait la une des journaux. Dernier record en date, l’euro a atteint la valeur de 1,6019 dollar. Il souffle ainsi un vent de panique voire de contestation en Europe. Tout cela est-il justifié ? L’euro est-il lecoupable que l’on veut nous présenter ? Si on retrace le taux de change de l’euro face au dollar, y compris avant 1999, on constate que ce n’est pas la première fois que l’euro a une valeur élevée par rapport au dollar. Trois épisodes de hausses marquées ont déjà eu lieu : 1979-1980 ; 1987 ; 1995. Depuis son point bas atteint en octobre 20001, à l’époque l’euro cotait 0,8551 dollar, l’euro s’est appréciéde 72%. Depuis juillet 2004, cette appréciation est de 17%. Enfin, cette appréciation n’atteint plus que 7,5% entre juillet 2007 et mars 2008.
Le taux de change nominal euro/dollar
1,6 1,4 1,2 1 0,8 0,6 0,4 0,2 1974M10 1977M12 1985M11 1993M10 1996M12 2004M11 1970M1 1971M8 1973M3 1976M5 1979M7 1981M2 1982M9 1984M4 1987M6 1989M1 1990M8 1992M3 1995M5 1998M7 2000M2 2001M9 2003M4 2006M6 2008M1 0Nombre de dollars pour un euro
Source: Calculs des auteurs à partir des Statistiques Financières Internationales , FMI.

L’avantage d’une monnaie forte est qu’elle permet, entre autre, de maîtriser l’inflation importée. Dans le cas de l’euro, cela permet d’atténuer partiellement la flambée actuelle du prix du pétrole et donc de réduire la facture énergétique. Une des principales accusations àl’encontre de l’euro fort est son impact négatif sur le commerce extérieur et, à terme, ses effets défavorables sur l’emploi et la croissance économique européenne. Toutefois, les échanges européens avec les États-Unis ne représentent qu’une part relative des échange totaux (environ 20%). Pour juger du niveau de la compétitivité de la zone euro par rapport aux États-Unis, il est nécessaire decomparer les prix et les coûts pratiqués dans ces deux zones. Une première approche consiste à raisonner en terme de taux de parité de pouvoir d’achat. Dès lors, les variations de la parité euro-dollar sont considérablement atténuées.

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CEPN, Université Paris 13. Son plus bas historique date du mois de février 1985 où l’euro cotait 0,5891 dollar.

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Par ailleurs, la compétitivité de la zoneeuro s’apprécie vis-à-vis de l’ensemble de ses partenaires commerciaux et non d’un seul. Il faut dès lors analyser le taux de change effectif réel de l’euro. Une telle étude révèle certes une appréciation mais bien plus limitée que celle du taux de change nominal euro/dollar : de 34% depuis octobre 2000 ; de 2,4% depuis juillet 2004 ; de 3,3% entre juillet 2007 et mars 2008. Ainsi, la hausse del’euro et son impact sur le commerce extérieur et, à terme, la croissance économique, apparaissent limités. Enfin, la compétitivité d’une économie se juge également sur le long terme. Il faut donc raisonner en terme de taux de change d’équilibre intégrant les déterminants structurels des taux de change. Ce taux de change se définit comme le niveau du change permettant aux économies d’atteindre unsolde courant soutenable, sachant que l’activité domestique est à l’équilibre. Il existe plusieurs approches pour déterminer ce taux2 : taux de change d’équilibre fondamental (approche FEER) développé par Williamson, taux de change d’équilibre comportemental (approche BEER) de MacDonald et taux de change réel naturel (approche NATREX) de Stein. Selon ces trois études, la surévaluation réelle del’euro serait comprise entre 5% et 15%. Pour certains dirigeants européens, l’appréciation de l’euro handicape la compétitivité de leur pays et grève la croissance économique. L’euro semble être alors le coupable idéal. La responsabilité de la politique de change est partagée entre le conseil des ministres des Finances et la Banque centrale européenne (BCE). A la BCE la gestion des réserves de...
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