Classicisme

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  • Publié le : 1 juin 2010
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Classicisme, encyclopédie Universalis

1. Tentative de délimitation
2. L’esprit du classicisme
3. Le sort du classicisme

I. Tentative de délimitation

Il est trop clair que ceux que nous dénommons aujourd’hui les classiques, en France ou hors de France, n’ont jamais connu ce terme et ne se le sont jamais appliqué à eux-mêmes. Voltaire ne les a pas davantage appelés ainsi.C’est uniquement à l’époque de la Restauration et du règne de Louis-Philippe que, pour combattre les jeunes romantiques en rébellion contre tout académisme et assoiffés de nouveautés, dont beaucoup venaient de l’étranger, des critiques conservateurs ont consacré comme modèles seuls dignes d’être étudiés au cours des humanités les écrivains du siècle de Louis XIV. Il est d’ailleurs également évident quebien des ouvrages parus exactement à la même époque que les tragédies de Racine ou les oraisons de Bossuet sont dénués des vertus de noblesse, d’harmonie, de sérénité et impersonnalité artistique que l’on attribue d’ordinaire aux classiques : ce sont par exemple Le Repas ridicule de Boileau, le Roman bourgeois de Furetière…

L’adjectif classicus désignait en latin une certaine classe decitoyen. Ce sens a disparu dans les langues de l’Europe moderne, même chez les historiens qui, influencés par le marxisme, insistent pour faire des œuvres de Pascal, de Boileau, de Racine, de La Bruyère des livres issus d’une classe dite bourgeoise. Très tôt, l’adjectif a désigné des ouvrages dignes d’être étudiés dans les classes et, par extension, des ouvrages de premier rang, capables de durer, etcomparables aux meilleurs livres que nous aient légués les Grecs et les Romains. Pendant longtemps, les professeurs de France et d’ailleurs ont élu, à l’exclusion de Rabelais et même de Montaigne, de Diderot et des romanciers du XIX°, quelques grands écrivains de l’époque de Louis XIV. Il était de coutume d’affirmer que la langue française voit alors un point de perfection qui avait fait de la proseun moyen d’expression limpide, rationnel et concis. On soutenait d’autre part que cette littérature pouvait, mieux que le roman ou que la poésie amie du morbide ou d’un éclat trop scintillant, comme le fut celle d’époques ultérieures, fournir à la jeunesse des exemples moraux ou, à tout le moins, des leçons d’honnêteté intellectuelle. Il existe, aux divers sens précédents, des classiques dans biend’autres littératures modernes : Dante ou le Tasse, Shakespeare lui-même, Pope au gré de certains, Wordsworth, Goethe bien entendu, Pouchkine Tolstoï. Mais ce n’est guère qu’en France que le terme de classicisme, qui suppose une pluralité d’écrivains au même moment et partagent des convictions morales et esthétiques communes, revêtit un sens et, vers le milieu du XIX°, se répandit.

Pendantquelques dizaines d’années, tant que l’université française se montra défiante de tout modernisme en littérature, le classicisme de la France de Louis XIV fut littéralement canonisé par les professeurs et, par voie de conséquences naturelles, honni par la jeunesse, impatiente d’une telle orthodoxie. Depuis 1900 environ, à mesure que les programmes faisaient une plus large place aux œuvres récentes etque la critique modernisait ses méthodes, la littérature vivante s’est sentie beaucoup plus attirée par les dramaturges, les moralistes, les philosophes et même les mondains de l’âge classique. Nombre d’historiens, avertis des réalités sociales et économiques, ont renouvelé notre connaissance de la France du XVII°. Ce sont les rénovateurs du théâtre moderne qui sont revenus le plus assidûment àCorneille, Molière, Racine : Copeau, Jouvet, Barrault, Malraux, Sartre, Camus se sont trouvés des prédécesseurs chez les tragiques et les jansénistes de 1640-1670. Il n’est pas d’auteur que la critique dite « nouvelle » ait sondé avec une dilection plus fervente que Racine. L' Existentialisme a souvent invoqué Pascal. La Rochefoucault et Retz sont devenus le bréviaire de biens des hommes...
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